Véronique Davienne Volontaire permanente et déléguée nationale adjointe du Mouvement ATD Quart Monde, Paris.  
 
Les personnes en situation de grande pauvreté expriment fortement et couramment que le pire, ce n’est pas d’avoir faim mais d’être comptées pour rien… Fort de son histoire personnelle de misère, le P. Joseph Wresinski, fondateur d’ATD Quart Monde, nous a, depuis le début de ce mouvement, transmis la conviction que, concernant les personnes les plus démunies, la reconnaissance et la considération sont bien plus nécessaires que le partage des biens matériels. Pour autant, il faut, pour vivre dans la dignité, des moyens convenables d’existence. Notre Constitution l’inscrit dans son préambule : « Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence. » Qui s’en souvient et prend encore au sérieux cet engagement de la Nation ?
 

Les vrais chiffres en France

• Six millions de travailleurs gagnent moins de 650€ par mois. • Le RSA socle (revenu de solidarité active pour une personne seule sans emploi) est de 475€ par mois. • Pour une famille avec trois enfants, sans emploi, le montant théorique du RSA socle auquel elle peut prétendre, est de 1187€ – somme à laquelle on ajoute l’aide au logement, s’il y a un droit ouvert, et de laquelle on retire alors un forfait logement (141€) et les allocations familiales (287€). Cette famille va donc toucher en réalité, au titre du RSA : 759€ (soit 5€ par jour et par personne, à condition que le loyer soit entièrement couvert par l’aide au logement). • Le RMI (revenu minimum d’insertion) en 1988 était égal à 50% du SMIC (salaire minimum interprofessionnel de croissance) ; le RSA socle, son successeur, est tombé à 43% ! • Face à ces ressources, quelles sont les dépenses ? Quelques exemples d’évolution des prix 1 : gaz : + 50% en cinq ans ; loyers : + 30% depuis 2000 ; électricité : + 6% en un an ; carburants : + 15% en un an… Cette combinaison de ressources très faibles et d’augmentation des dépenses incompressibles rend totalement ingérables les budgets des personnes et familles dépendantes des minima sociaux. Alors, comment s’en sortir ?
 

Préjugés et (mauvaises) solutions

Des préjugés s’ajoutent à cette situation déjà très difficile à vivre, qui stigmatisent les personnes et familles très démunies et permettent de rassurer à peu de frais celles qui ne connaissent pas ces réalités. Mme Z. se révolte contre ces préjugés : « Nous, les pauvres, pourquoi nous plaindre, puisqu’on a le RSA, les Restos du Coeur, des aides partout ? » Mme S. exprime son refus de ces solutions : « Aller dans ces lieux, même si je sais que j’y ai droit, c’est la honte. Tu es gênée. » Mme Z. continue en disant le désir des personnes en p...
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