La transmission qui inscrit l'humain dans une chaîne de générations ne se réduit pas à un simple passage de témoin. Une transmission féconde intègre la reproduction du passé dans un mouvement de création de l'avenir. Elle se joue dans l'éducation où les parents laissent leur place aux enfants.

Il n'y a pas d'éducation sans un souci authentique de transformation de l'humain, en vue de déployer et d'augmenter ses capacités. C'est par ce processus qu'un enfant devient un adulte. Le petit d'homme naît particulièrement inachevé et ne survivrait pas sans le comportement éducatif de ses proches qui lui permet de développer ses compétences. L'éducation implique une part d'apprentissage et de dressage par laquelle un être déploie ses potentialités et s'éloigne du stade primitif où il a surgi. Peut-on parler de dépassement de soi ? Sans doute, s'il s'agit de quitter un état premier de dépendance pour conquérir une forme supérieure de maîtrise de soi et d'autonomie. La visée principale de l'éducation moderne est cette expérience de la liberté qui met très tôt l'enfant face à des interdits et à des choix, lui apprenant ainsi à se déterminer par lui-même. On comprend que cette tâche puisse aisément se muer en tentation de se faire soi-même (au sens du self-made-man) et de s'autofonder, dont est porteuse toute ambition de dépassement de soi.

Pourquoi s'intéresser alors davantage à la transmission plutôt qu'à l'éducation proprement dite ? Parce qu'elle recouvre un processus plus vaste et complexe dont il importe de ressaisir la signification. Quand l'éducation recherche l'émancipation des individus et la valorisation de leurs compétences, la transmission inscrit l'être humain dans une chaîne de générations et lui signifie qu'il est un parmi d'autres. La transmission initie à un autre mouvement que le seul dépassement de soi où un être éprouve ses limites pour mieux les surmonter. Elle indique que nous ne sommes pas à nous-mêmes notre propre origine : nous recevons un héritage, et ceux qui nous le transmettent l'ont eux-mêmes reçu des générations précédentes.

La transmission ne se réduit certes pas à un geste de reproduction ou de simple passage de témoin. Chaque génération interprète à nouveaux frais l'héritage et lui donne une signification nouvelle. Le legs transmis est ainsi voué à être sans cesse rejoué et dépassé. Mais il porte la trace d'une vie qui a commencé avant soi et qui continue après soi. La visée de la transmission est ainsi moins le dépassement de soi dans une quête de performance individuelle, qu'une forme de détachement où le so...

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