Gabriel Miró est né en Espagne, à Alicante, en cette terre levantine d’où il tirera l’essentiel de son inspiration. Nulle oeuvre au demeurant aussi universelle que la sienne, peu d’écrivains s’étant risqués à décrire l’état contemplatif avec une telle transparence : « ... Nous entendîmes la messe, la messe de l’Ascension, vibrante de canaris, dans une église blanchie à la chaux et aux fenêtres de moulin, où entraient un ciel géorgique et un bruit d’eau de rigoles. Si nous avions toujours pu vivre en ce lieu !... Et comme nous ne le pouvions pas, nous voulûmes déjà nous en aller car nous voulons “cet” instant, et cet instant a besoin d’une émotion suivie pour être et s’affiner de manière évocatrice. »
Trois expériences commandent l’oeuvre de Miró. L’autobiographie spirituelle d’abord, répartie en quatre livres et à propos de laquelle on l’a comparé à Marcel Proust ou Virginia Woolf. Ensuite, l’expérience imaginative, romanesque. Enfin, Miró attacha la plus grande importance à l’expérience religieuse, en se livrant à de minutieuses descriptions de « vieilles estampes par naïveté, désir naïf, c’est-à-dire inculqué dans mon sang et mes os depuis l’enfance, de regarder de près l’horizon chrétien, reconstruisant ce que ne nous disaient pas les textes directs et sacrés ». Il souligne ailleurs combien, au collège jésuite d’Orihuela, l’initiation à la « composition de lieu » et à la rumination des mots mêmes de l’Évangile, à la manière des Exercices spirituels, fut pour lui déterminante dans sa vocation d’écrivain. Le texte ici présenté en est un bel exemple : il forme la conclusion de Figures de la Passion du Seigneur (1917), son livre majeur en la matière, et qui n’est pas sans annoncer l’oeuvre de feu Jean Grosjean.

 
« Une femme de Samarie vient pour prendre de l’eau.
Jésus lui dit : “Donne-moi à boire.”
»
Jean 4,7

Ceux qui venaient des labours, ceux qui se trouvaient dans leurs ateliers d’artisans, ceux qui soufflaient à l’ombre de l’enclos pour les caravanes, le karwânserâi encore chaud des bestiaux et des bourgs, tous la regardaient en lui souriant lorsqu’elle sortait avec son amphore, se profilant en rythme, fraîche et gracieuse sur le ciel du chemin. Le chemin, après les murs des mangeoires de transit, entourait l’aire communale et, se retournant, reculant, bondissant, s’enfonçait à l’ouverture de la vallée de Sichem.
Champs labourés, champs au repos ; semis de glèbe récemment retournée ; verdeur joviale de pommiers, mûriers et cédrats qui se baignent dans les sources du Garizim ; ombrages de térébinthes ; anciens guérets, calme d’oliveraie, sentiers et bercails, fumées ensommeillées...
C’est la terre qu’Abraham acheta pour avoir les tombes de sa maison ; celle que Jacob acquit pour cent agneaux, celle qu’il garda avec son épée et son arc et donna à Joseph en part d’avancement d’hoirie [Gn 48,22]....
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