Samuel Rouvillois et le parcours Perigot - Presses de la renaissance, 2016, 288 p., 15,90 €.

« Des grands patrons s'impliquent », dit la première page de couverture. Pour ceux qui craindraient un mélange des genres qui ne satisferait ni les dirigeants d'entreprises confrontés aux contraintes économiques et réglementaires, ni les belles âmes qui ne visent que l'idéal, ce livre apporte un heureux démenti. Le « parcours Perigot » rassemble des patrons soucieux de concilier sans concession justice et efficacité. Efficacité à long terme et pour la collectivité la plus large possible, justice non pas simplement celle de la démocratie libérale qui laisse de côté les plus faibles, mais aussi celle qui protège les recalés de la concurrence. Les références ne sont pas simplement celles du bon sens distillé dans tous les manuels de développement personnel et de team building, mais celles qui confrontent le quotidien du manager (la crise, le risque, l'ambivalence de la finance) avec le cœur du christianisme (le bien commun, la position centrale de la conscience, la hiérarchie des responsabilités, et surtout l'affrontement sans fard à la dépendance et à l'échec, « l'intelligence de la fragilité »). Le lecteur y ressent l'écho sans fausse pudeur de cette affirmation centrale de l'Évangile : la folie de la Croix est sagesse de Dieu. Le Compendium de la doctrine sociale de l'Église est intelligemment cité (c'est-à-dire avec une légitime distance critique), tout comme les dernières encycliques du pape François. Mais également Jean Baudrillard, Marshall McLuhan, Elena Lasida, Gaël Giraud, Amartya Sen. De quoi charpenter une réflexion solide et des postures convaincantes chez les dirigeants que le travail professionnel éloigne souvent des préoccupations essentielles.