Il est une rose bordée d’aurore. Le regard se penche, un reflet d’émerveillement y luit, et dans l’instant où se contemple l’éclosion se respire l’éternité. « Il faut sans cesse aller de lumière en lumière » (Angelus Silesius) pour habiter autrement notre monde et voir dans la plénitude discrète d’une simple rose une tendresse divine. Les yeux emplis de beauté se taisent.
Le nez palpite, frémit. Et comme cela, sans prévenir, le parfum de la rose vous « monte à la tête ».
L’olfaction est sans doute le sens qui nous prend le plus par surprise. Et l’inattendu surgit : les souvenirs, les émotions rejoignent la contemplation du regard.
Les pétales translucides et veinés se font le marchepied du ciel en faisant naître l’émerveillement, « en sachant, comme l’enseigne saint Macaire, qu’il n’y a pas deux sortes de sens existant séparément : “Ce sont les mêmes sens qui d’abord sont terrestres, puis deviennent célestes par l’infusion de la Grâce” » 1. L’émerveillement alors s’élargit à la pleine mesure de l’être et se transforme en un sourire, expression de la joie intérieure. “Gioia” est le nom de cette rose. Et par là de toute rose. L’on peut s’aventurer à dire que mystique est la rose. Or ne parle-telle pas d’incarnation, en faisant appel en tout premier lieu à nos sens ?

L’éclosion d’un jour


L’éclosion d’un jour, comme le prélude mystique de la beauté intouchée, s’engage dans la brèche du coeur contemplatif pour y nourrir la grâce.
Pleine de grâce” est la Rose mystique, un des noms bénis de Marie, mère de Dieu et mère de tous les hommes à qui sont tressées, en signe de joie et d’amour, des guirlandes de roses, des guirlandes de prières, rosaires. L’élan d’amour de Francis Meilland, rosiériste lyonnais, lui fait donner à cette rose, qui le comble au-delà de ses attentes, le nom de sa mère : “Madame Antoine Meilland”. À la grâce, à l’amour, il n’est pas de pourquoi. Seul l’émerveillement esquisse une réponse.
Combien d’essais déçus, combien d’attentes non comblées, et combien de surprises ! Le jardinier attend l’éclosion, il la sait comme une certitude, et pourtant chaque bourgeon, prévu, est un cadeau, reçu, une surprise renouvelée. Reçue en un instant, cette beauté qui rayonne en soi et par soi, a saveur d’éternité. Là se trouve le paradoxe du jardinier, de celui qui regarde les fleurs, qui prépare la terre, La permanence du mouvement alliée à l’imprédictibilité de la nature font de la terre un jardin en perpétuel devenir. « Un jardinier sait que chaque matin, il lui faut aller voir sa planche de poireaux pour constater qu’il s’y est passé pendant la nuit des choses imprévues, auxquelles il va falloir s’adapter » 2.

Les fruits de la terre


Orphelins sont ceux des villes, qui ont perdu de vue le soleil et les saisons ; aujourd’hui se multiplient expositions d’horticulture et jardi...
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