La Bible est la trace d’une découverte progressive du visage de Dieu. Elle est le fruit de relectures « cumulatives » selon des genres littéraires très variés. Chaque événement nouveau, compris à la lumière de ce qui a été donné antérieurement, est l’occasion d’une révélation. Il conduit à une intelligence renouvelée des événements passés, à une remise en chantier des conceptions anciennes. Cette ré-interprétation n’est pas une trahison de la mémoire d’un peuple et de ses livres saints, c’est une fidélité à l’espérance qui les animait.
 Plus l’attente d’un accomplissement s’est creusée dans l’histoire sainte, plus des sages ont relu à frais nouveaux la Loi et les Prophètes dont ils héritaient. Dans la Bible, c’est la re-connaissance, au sens le plus littéral, qui ouvre l’avenir. Ce processus de re-connaissance, avec ce qu’il comporte d’acte de foi, de silence et d’oubli, de mémoire et d’espérance, est repérable dans les récits de création et particulièrement dans le texte yahviste (Gn 2,4b–3,24) et ses relectures ultérieures. Ce parcours que nous allons faire nous aidera à penser la relecture comme un chemin de liberté.
 

Harmonie et progrès spirituel


Les premières lignes du texte biblique posent en exergue de l’histoire sainte ce qui est le moins évident : un état d’harmonie sans cesse démenti par l’histoire. Le premier récit décrit la création comme un processus de différenciation harmonieuse. Jour après jour, la multitude des êtres et des espèces advient et fait l’admiration de son créateur lui-même. Pourtant, rien n’est aussi simple dans la vie de tous les jours pour un écrivain marqué par l’exil et le retour dans un pays où la reconstruction se heurte à l’incompétence de ses souverains : le témoignage de Néhémie est éclairant sur ce point. Avec ce texte, c’est une espérance qui est posée comme originaire.
Le second récit, celui de la création d’Adam et Ève, est encore plus significatif. Comme l’a montré Pierre Gibert 1, l’auteur biblique semble faire remonter au commencement une intelligence des processus de violence qu’il a forgée au regard des drames qui se déroulaient à la cour des rois d’Israël. Le même schématisme narratif est à l’oeuvre dans le récit du viol de Tamar par son demi-frère Amnon (2 Sa 13) et dans le récit de la transgression d’Adam et Ève (Gn 2-3). Les deux récits sont prolongés par des meurtres entre frères : Absalon, demi-frère d’Amnon tuera ce dernier et Caïn tuera Abel. Tout se passe comme si l’auteur, relisant la violence vécue entre les enfants de David et formalisant son processus d’engendrement, l’appliquait à toutes les violences vécues depuis le commencement de l’humanité. Aujourd’hui, il en est ainsi ; hier, il en était ainsi ; avant-hier, aussi, et il est donc légitime de penser qu’il en était déjà ainsi dès le premier jour de l’humanité.
Le plus étonnant et le plus original dans ce récit des origines, n’est do...
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