Est-il besoin d'épiloguer encore sur nos faiblesses, nos imperfections, nos médiocrités, nos fautes ? Il n'y a vraiment pas de quoi s'étonner, dit saint François de Sales, que « l'infirmité soit infirme et la faiblesse faible, et la misère chétive1 ». En revanche, nous serions plus avisés de nous inquiéter de « la déplaisance aigre et chagrine, dépiteuse et colère » que nous éprouvons pour nos imperfections et de la « repentance dépiteuse, ireuse et tempétueuse » à laquelle nous nous livrons au motif de nous amender.

C'est contre cette mauvaise humeur dont s'enivre l'amour-propre, contre ce courroux intérieur, aux effets dévastateurs, que François de Sales en appelle à la douceur, la seule vertu capable de nous faire détester nos offenses sans nous détester nous-même. Pas un instant, bien sûr, il ne laisse croire à sa chère Philothée que nos fautes ne méritent que pieuse indulgence et que la « vie dévote » n'aurait plus qu'à renoncer au combat spirituel. Pour féminine qu'elle soit, la douceur n'en est pas moins une arme aiguisée, à même de déjouer les ruses de l'âme et de vaincre la colère d'un orgueil blessé. La douceur envers soi-même, loin d'être complaisance, a cette faculté de sauver d'un péché second qui tiendrait le cœur « confit et détrempé dans la colère » de ceux qui « se courroucent de s'être courroucés, entrent en chagrin de s'être chagrinés et ont dépit de s'être dépités ». Elle est plus efficace que tout emportement contre soi, à l'instar des « remontrances d'un père faites doucement et cordialement ». Et si, à l'heure de la colère et du ressentiment, il lui faudra invoquer le secours de Dieu, cette oraison devra être pratiquée « doucement, tranquillement et non point violemment ».

Autant de recommandations qui mériteraient d'être entendues par ces increvables spiritualités qui s'apparentent à des écoles de maltraitance où l'on apprend à se mépriser soi-même, à haïr sa faiblesse, à se faire souffrir et à tyranniser sa liberté.

François de Sales, lui, exerce et préconise une médecine douce et une pédagogie du « doux effort » qui permettent, sans céder au volontarisme, de parvenir à cet « allègement » que procure « une douce et sainte confiance en Dieu », à ce point de passage où la douceur n'est plus seulement une vertu à cultiver mais le don de ce que Georges Bernanos – lui qui savait combien il est si facile de se haïr – appelait « la douce pitié de Dieu ». Ou encore cette « divine douceur » dont Maurice Bellet dit qu'elle est « une douce fermeté, car pas un instant elle ne blesse le cœur, elle n...


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