La demande d’accompagnement spirituel se fait de nos jours, chez les chrétiens, de plus en plus fréquente. Sans le savoir, ceux et celles qui le demandent rejoignent le propos des ascètes du désert des premiers siècles. Pour le premier d’entre eux, saint Antoine, encore appelé le « père des moines », l’accompagnement spirituel est d’abord une « exhortation mutuelle ». Dans sa « vie », écrite peu de temps après sa mort, saint Athanase raconte qu’il reçut des moines venus quémander son instruction : « Les saintes Écritures suffisent à notre enseignement, mais il est beau de nous exhorter mutuellement dans la foi, et de nous animer par des discours. Vous, mes fils, vous apportez à votre père ce que vous savez ; moi, votre aîné, je vous livre ce que l’expérience m’a appris » 1.
Or, ce que l’expérience avait appris à Antoine durant les vingt ans où il avait vécu en solitaire dans le désert et les tombeaux, c’était à tenir tête aux esprits mauvais. Athanase, champion de la lutte contre l’arianisme, insiste fortement sur le combat spirituel incessant qu’il dut mener contre eux, et sur les victoires que le Christ remportait en lui. Bientôt, l’exemple d’Antoine et de ses disciples attire tellement d’hommes voulant imiter leur vie que de véritables colonies monastiques se constituent dans les déserts : Scété, Nitrie et cette colonie dite des « Cellules » où s’installèrent ceux qui, au désert de Nitrie, ne trouvaient plus la solitude recherchée. C’est dans ce contexte que furent conservées des « paroles des anciens », ou « apophtegmes des Pères du désert », paroles charismatiques données le plus souvent en réponse à des questions posées par un disciple, qui toutes peuvent se résumer ainsi : « Comment me sauver ? » ou : « Comment puis-je vivre selon l’Évangile ? » Ces questions sont celles des chrétiens de tous les temps. Elles sont encore les nôtres.
 

L’enjeu du combat spirituel


Des Pères du désert, nous avons retenu surtout les excès et les excentricités. Mais si nous nous penchons sur les textes qui nous sont parvenus, si nous dépassons la première impression d’étrangeté, nous découvrons des maîtres spirituels d’une grande actualité. Venus au désert à la suite de Jésus pour combattre comme lui le démon, ils deviennent experts dans ce combat. Écoutons-les. Nourris de l’Écriture, ils ne croient pas que l’homme est mauvais par nature. Bien au contraire, ils ont une conception très optimiste de la nature humaine. S’appuyant sur le récit de la Création qui introduit la Bible tout entière, ils sont convaincus que l’homme est créé bon, à l’image et ressemblance de Dieu, et appelé à la divinisation, c’est-à-dire à la joie spirituelle. Cette image, ils le savent et l’expérimentent en leur vie, a été déformée par le péché. Mais le Christ est vainqueur du péché. Recevoir le salut qui vient de lui, marcher sur ses traces dans son combat contre le péché, se dépouiller du vieil homme et revêtir l’homm...
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