La liturgie fait contempler et emprunter le chemin du Christ qui consent à mourir pour entrer dans la vie et la donner en plénitude. Elle fait aussi rencontrer Dieu qui se manifeste à son Église, sous un mode conjuguant présence et absence.

Alors que le monde semblait engagé de manière irréversible dans une logique du « progrès » décliné en « toujours plus », « toujours mieux », « toujours plus vite », quitte à en laisser quelques-uns sur le bord du chemin, le magistral coup d'arrêt provoqué par l'inattendu de la crise sanitaire mondiale nous a placés brutalement dans une logique inverse, celle de la perte : perte de liberté, perte des relations familiales et amicales, perte du travail, perte de contrôle des agendas, perte des repères cultuels et culturels, perte d'un être cher… L'accumulation des pertes a exacerbé chez beaucoup un vertigineux « vide » existentiel, inhabitable dans ce monde hyperconnecté où les espaces de silence et de solitude sont de plus en plus réduits. Qui plus est, dans une société de consommation marquée par l'avoir et le pouvoir d'achat, les restrictions multiples et les privations non choisies de ce temps de confinement sont apparues intolérables, suscitant un réflexe de revendications ou de compensations. Et peut-être faut-il aujourd'hui nous demander si cette mentalité ne vient pas imprégner jusqu'à notre vie spirituelle et liturgique.

À ce sujet, l'expérience de cette année difficile peut conduire à une réflexion salutaire. La manière dont la pandémie et le confinement ont bousculé nos existences, notre vie cultuelle et nos habitudes liturgiques, même en ce qu'elles semblaient comporter de plus intangible, a suscité une multiplicité de réactions d'urgence qui peuvent être regardées comme le miroir des représentations qui nous habitent plus ou moins consciemment. En effet, devant cette absence sidérante, la première réaction, au demeurant légitime, a été de combler le vide. La multiplication des propositions sur internet et les revendications pour la messe – toutes choses au demeurant estimables dans leur singularité et leur intention – ont néanmoins donné l'impression que les sacrements étaient des biens de consommation comme les autres, objets d'un choix, disponibles à tout instant sur internet, un dû dont la privation s'avérait finalement intolérable.

Comment habiter ces « pertes » ?

En prenant conscience de cette logique consommatrice qui peut habiter une certaine manière d'aborder les sacrements, peut-être faut-il considérer à nouveaux frais la liturgie, pour regarder sous quel mode elle fait habiter et vivre la perte.

À première vue, la thématique de la perte n'y semble pas très présente. La liturgie se présente surtout selon une économie de la grâce et du don : don de la Parole, don du pain et du vin, fruits de la création, don du corps et du sang du Christ, don de sa présence, don du salut, don de la filiation et d...


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