Le site originel des propos livrés ici est une expérience monastique de la liturgie ; mais cette expérience n’est pas à ce point spécifique, croyons-nous, qu’elle ne puisse modestement s’ériger en lieu de rendez-vous beaucoup plus large. De fait, depuis le IVe siècle environ, une liturgie dite « monastique » se distingue, dans l’exercice ecclésial commun de la fonction liturgique, d’une liturgie dite « cathédrale », c’est-à-dire en toute rigueur celle du Peuple de Dieu autour de son évêque ; l’histoire de la liturgie n’en demeure pas moins, pour une bonne part, celle de l’attraction mutuelle que ces deux formes d’exercice ont constamment exercée l’une sur l’autre et qui s’est avérée bien souvent créatrice. L’exercice monastique de la liturgie est d’abord et essentiellement un exercice communautaire, et c’est d’abord ce caractère constitutif qui le rend exportable hors de son site propre, exemplaire — non pas de façon esthétique mais théologique, non pas de façon idéale mais fraternelle — pour toute l’Église, pour toute communauté d’Église qui fait l’effort de se construire et de se penser. C’est donc cette dimension communautaire, cette condition austèrement communautaire de la liturgie, qui, au-delà de tous les enjolivements imaginés, servira d’étalon à notre propos et, pour autant, de garde-fou —, le réalisme du propos dût-il être, à l’occasion, un peu dur.
 

La cloche


D’un point de vue stylistique (mais l’art, n’est-ce pas d’abord le style ?), les métonymies sont toujours intéressantes. Désignation du tout par la partie, par le symbole inchoatif. La métonymie de la liturgie, c’est la cloche ou, si l’on préfère (car il n’y a pas — il n’y a plus — toujours de cloche), le signal. Le signal qui fait signe, à lui tout seul, bien plus profondément signe qu’on ne pense. La cloche qui dit, si l’on prend le temps de l’écouter sans mauvaise humeur : « L’heure est venue — et c’est maintenant — où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité » (Jn 4,23).
Le signal appelle à Dieu, c’est évident. Il appelle aussi à la communauté, et il est regrettable que, d’un point de vue aussi intellectuel qu’affectif, cette signification-là du signe nous soit moins spontanément évidente. Le signal de la prière liturgique, intemporel jusque dans sa rigoureuse temporalité, appelle la communauté à la communauté ; il appelle la communauté à faire communauté et, ce faisant, à mettre à nu sa raison d’être. C’est austère. C’est fort. C’est déjà suffisant pour être beau. Car ce qui est tout premièrement beau, en l’absence de tout faste, c’est cette ponctualité, cette exactitude même à se rendre à la raison d’être. « Congregavit nos in unum Christi amor » 1. La communauté se met en « formation » pour l’exercice de la liturgie — le sens tactique et quasi militaire du mot « formation », au demeurant traditionnel, s’effaçant ici devant la « forme » qui est, quant à elle, d’ord...
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