Le Christ aux outrages, le Christ humilié : chaque année, les jours saints qui précèdent la célébration de Pâques nous tournent vers le mystère des abaissements du Fils de Dieu. La liberté que Jésus manifeste dans la Passion étonne, scandalise ou frappe de stupeur. A y bien réfléchir, cette liberté nous paraît juste, elle nous donne le goût d'y accéder. Nous percevons qu'elle peut nous assurer dans la foi. Selon ce que nous vivons, nous accueillons avec plus ou moins de facilité le chemin d'humiliation par lequel le Christ est passé et nous fait signe. Comme si ce chemin seul pouvait conduire à la liberté de l'humilité. Ignace de Loyola a été particulièrement sensible à ce mouvement, et, dans ses Exercices spirituels, la question des humiliations occupe une place décisive, tout comme la demande d'être mis avec le Christ pauvre et humilié. Comment emprunter aujourd'hui ce chemin si difficile ?

La créature face à son Créateur


La fin des Exercices spirituels, c'est l'union à Dieu. Il s'agit de se laisser rencontrer par Dieu, de s'unir à lui, et de choisir la voie qui conduit à lui. Les Exercices sont un parcours, unique pour chaque personne, où l'intelligence du retraitant est éclairée par l'écoute de la Parole. Son affectivité est mise en mouvement par cette écoute, tout comme sa liberté, pour faire des choix et engager concrètement son existence à la suite du Christ. Cela demande des temps de méditation en vue d'une purification (première semaine), puis des temps de contemplation de la vie du Christ, laquelle va se réfléchir et informer l'existence propre du retraitant et l'amener à recevoir de Dieu un chemin de vie auquel il aura à consentir (deuxième semaine). Après quoi la contemplation du Christ en sa Passion et sa Résurrection va éprouver la justesse de la décision prise (troisième et quatrième semaines). Dès le début des Exercices (23), le retraitant est invité à se comprendre comme créature face à son Créateur : l'humilité est notre vraie place devant Dieu. C'est la juste place de celui qui se reçoit d'un autre. La vie est donnée, et je ne m'attribue plus ce que je reçois. Car recevoir est une attitude spirituelle qui conduit à rendre grâce. Le plus souvent en effet, nous nous approprions les biens spirituels reçus, nous les prenons comme un dû, nous ne savons pas recevoir, à la différence du Christ qui reçoit totalement sa vie du Père. Ignace place l'humilité dans la ressemblance au Christ. La véritable humilité ne s'enseigne pas, elle implique un décentrement de soi qui est naissance à une force nouvelle Ainsi, devant sa cousine Elisabeth, Notre Dame reconnaît les grandes choses que Dieu a faites en elle, et c'est le Magnificat. Cette humilité n'est pas impuissance. Elle naît d'une attitude qui est une manière de se laisser envahir par la force de Dieu, avec des fruits de vie étonnants.
Ce long chemin de purification, de dépossession, ouvre à une vie nouvelle à peine perceptible : une fa...
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