Benoît Vermander s.j. Fudan University, Shanga .
A récemment publié aux Presses Universitaires de Louvain : La Chine ou le temps retrouvé. Les figures de la mondialisation et l’émergence chinoise (2008), et chez Desclée de Brouwer : L’Empire sans milieu : essai sur la « sortie de la religion » en Chine (2010) et À taire et à planter (2010).
Dernier article paru dans Christus : « Matteo Ricci s.j. (1550-1610) : un portrait spirituel » (n° 225, janvier 2010).
Parution initiale du présent article : janvier 1999.
 
Trois occurrences, toutes survenues en novembre 1997, ont été à l’origine de ce texte : je tenais un colloque et une exposition à Pékin avec des artistes de Chine continentale ; puis je me rendais dans le sud de la province du Sichuan pour y poursuivre des recherches sur une minorité du sud-ouest de la Chine, les Yis ; enfin, Philippe Charru s.j., présent à Pékin, me faisait don d’un livre de Raymond Court, Le voir et la voix (Cerf, 1997), qui m’accompagnait durant mon voyage au Sichuan. Le texte qui suit se situe à la confluence de ces diverses rencontres. L’expérience est mienne. Les concepts qui la traduisent doivent beaucoup à la lecture de Raymond Court.
Un homme gravit lentement les pentes d’Emeishan ou l’une de ces autres montagnes par où l’âme chinoise s’accroche au ciel. Il s’assoit, il ouvre son sac, en sort une flûte. Les sons se mélangent aux couleurs des arbres. La flûte des hommes interpelle la flûte de la terre, et leur double écho éveille le mystère de la flûte du ciel.
Dans un musée d’Europe, les couleurs de nuit d’un autoportrait de Rembrandt rendent le silence plus profond encore. La lumière secrète du tableau est-elle concentrée sur le visage du peintre ou n’est-ce pas plutôt de ce visage même qu’émane une lumière qui se projette sur le silence ambiant ? Une telle peinture, dit Paul Claudel, s’écoute plus qu’elle ne se regarde.
Li Keran baigne les eaux tumultueuses d’une lumière un peu orangée. Dans l’étroit et profond défilé, les pousseurs de bois progressent périlleusement. La lumière éclaire le drame qui se joue au bas du tableau. Sur les hauteurs, des pins majestueux témoignent que l’éternité est la source et le juge de nos tumultes passagers. La lumière bleue et rouge émanant des vitraux transforme l’église en un cœur – un cœur à la fois replié sur le mystère qui le fait vivre et communiquant de tous ses vaisseaux avec le corps de l’univers. C’est là le miracle de l’union de la pierre et du verre. Au profond de ce cœur résonnent les innombrables voix de l’orgue, parfois impérieuses et aiguës comme des oiseaux de crépuscule, parfois sourdes et douces comme la source que l’on pressent sous le rocher. La flûte de la terre, la flûte des hommes, la flûte du ciel émettent une note tout à la fois triple e...
La lecture de cet article est réservée aux abonnés.
COMMENTAIRES
Vous devez être connecté pour poster des commentaires.