Nous en faisons le constat pour nous-mêmes, ou dans l’accompagnement des personnes ou simplement dans la vie sociale où nous sommes plongés, il est souvent plus aisé de discerner ce qui est bon pour nous que de le mettre en œuvre et d’aller jusqu’à l’accomplissement de nos choix. « Il faudrait…., ce serait bien si…. », mais c’est comme si la force nous manquait, comme si le poids ou la pensée des gestes à initier nous épuisaient de l’intérieur. Comme si l’Esprit donnait le sens et le goût d’une vie évangélique,  mais retenait le souffle et la force  qui leur donneraient chair et consistance ! De là peut-être, une certaine stérilité de l’action davantage due à un vide intérieur, une sorte d’inertie, qu’à un manque de lucidité ou de discernement.

Dans un texte qui n’a pas vieilli malgré les siècles, le P. Lallemant  évoque de manière lumineuse le besoin et les fruits de cette force que seul l’Esprit-Saint peut donner à ceux qui désirent vivre sous sa conduite. « La force est une vertu qui nous affermit contre la crainte et contre l’horreur des difficultés, des dangers et des travaux qui se présentent dans l’exécution de nos entreprises » (La Doctrine spirituelle, coll. Christus n°97,  DDB, p. 202). C’est par cet esprit de force, dit-il, que Notre- Seigneur  au Jardin des Oliviers surmonta la crainte de sa passion et de sa mort. La force de l’Esprit Saint ne donne pas seulement le ressort de l’action. En révélant les timidités et complaisances qui empêchent d’agir, elle donne aussi le moyen d’en triompher. Davantage, elle démasque l’illusion qui consiste à penser que la  parole bien argumentée  et exemplaire suffit à mettre en œuvre  la volonté et rend la force inutile. Ainsi grandit une patience qui ne se lasse pas de pratiquer le bien, jusque dans les souffrances du mal.
C’est dans la 4° béatitude « heureux ceux qui ont faim et soif de justice » qu’elle trouve sa source, nous dit encore l’auteur, car elle ouvre « un désir insatiable de faire de grandes choses » et d’endurer les peines qui y sont liées. Cette force qui animait les missionnaires du Canada  ou ceux qui soignaient les victimes d’épidémies au temps du P. Lallemant, est celle qui aujourd’hui fait rejoindre les plus fragiles de nos sociétés et refuser l’exclusion. Elle ouvre des manières plus fraternelles et justes de vivre ensemble et d’habiter autrement  la terre et la vie.
Enjeu d’un désir et d’un combat intérieur, la force de l’Esprit ne nous est pas naturelle,  elle se demande et s’obtient par lui et auprès de lui dans la prière et le soutien mutuel. Ignace de Loyola aimait terminer ses lettres ainsi : « …que le Seigneur dans sa bonté nous donne sa grâce pour que nous ayons le sens de sa très sainte volonté et que  nous l’accomplissions entièrement ». Ne craignons pas de demander la force de l’Esprit, pour accomplir ce que le Seigneur espère de nous au service de son Règne de justice et d’amour.

Remi de Maindreville sj