Juste en face de la future place Charles III, en pleine reconstruction, et du Marché Couvert à l’autre bout de cette place, entourée d’un centre commercial et de divers magasins, au cœur de la « ville nouvelle » par opposition à la « vieille ville », à 500 mètres de la place Stanislas qui fait la jonction entre ces deux parties de la ville de Nancy, dans l’église Saint-Sébastien, il est un peu plus de 18h… La messe quotidienne de 17h30 vient de s’achever avec une cinquantaine de participants, pour la plupart des habitués. Pour le jésuite de service qui vient de célébrer, commence l’heure de permanence de confession et d’écoute avant la fermeture de l’église jusqu’au lendemain matin à 9h. Inutile pour lui d’avoir de quoi lire en attendant « le client » : il est à peine installé dans son coin que le premier arrive, et ça ne s’arrêtera pas avant 19h, peut-être au-delà… La même chose se passe le samedi, de 9h30 à midi et de 14h30 à 16h30. Les gens défilent pour parler… Des gens de toute sorte : du diplomate à la vieille dame seule, les poireaux du marché dépassant de son panier d’osier, en passant par l’étudiant étranger, la religieuse d’une communauté voisine ou éloignée, le malade psychique dévoré par la peur… Le tout-venant avec son poids de misère, de questions, d’angoisse maladive et de recherche d’un peu de paix et d’amour… L’humanité dans toute sa diversité défile à Saint-Sébastien, la seule église à Nancy ouverte avec un accueil permanent, tous les jours que Dieu fait. Une heure, deux heures ou deux heures et demie de conversation spirituelle, à jet continu, ou presque. Drôle d’expérience qui, d’une personne à l’autre, fait passer tour à tour, de l’émerveillement à l’impuissance. Personnellement, il m’arrive d’en sortir vidé – ce qui n’est pas bon signe – ou au contraire plein d’une joie étonnante.
Qu’est-ce qui se passe dans cette succession de rencontres qui vont de 5 minutes à un quart d’heure environ ?
 
Écouter
Je ne sais pas ce que va dire la personne qui vient s’asseoir en face de moi, succédant à une autre. J’en ai juste quelquefois une perception vague à partir de ce qui se lit sur le visage ouvert ou tendu, souriant ou fermé. La conversation spirituelle commence par un regard, un geste, qui accueille celle ou celui qui vient. Et puis, il s’agit d’écouter, toutes antennes déployées, c’est-à-dire pas seulement avec les oreilles, mais avec toute la sensibilité intérieure : sentir l’hésitation à parler, l’embarras pour commencer, ou au contraire le plongeon plein d’espoir, l’aisance à se livrer, ou encore la formalité rituelle qui aide (le signe de croix, la formule d’introduction, le petit papier déplié couvert d’écriture), et parfois le silence qui dure après l’invitation à parler… Écouter d’abord, sans interrompre. Écouter les mots souvent murmurés dans un souffle, les intonations, les inflexions de voix, les silences, les soupirs, les larmes, les rires nerveux… Pr...
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