Outre les renseignements de tout genre qu’elles nous apportent sur le Père Teilhard et son milieu, les lettres à Léontine Zanta constituent aussi une véritable direction de conscience. À travers les conseils donnés, on voit se dessiner la spiritualité du « direc­teur ». Les principes essentiels en ont été dégagés ailleurs, et ils s’expriment en termes habituellement si simples et si limpides, qu’un nouveau commentaire paraît superflu. L’expression en est d’ailleurs discrète. Mais chaque fois qu’elle perce, elle décèle par sa force la profondeur de la nappe souterraine. Ce n’est pas d’une vie intérieure médiocre qu’elle pourrait jaillir ainsi. En même temps qu’il mène la vie la plus activement tendue, explorant la planète, scrutant le passé de la terre et de l’homme, et, par leur passé, leur avenir, s’engageant avec passion dans la bataille des idées, cherchant à convertir les chefs de son Église à des vues qui lui ap­paraissent vitales, soumis lui-même à toutes sortes d’épreuves et à des luttes intimes dont nous avons entrevu la gravité, – cet homme, retiré au centre de son âme, communie habituellement à « la joie de l’Être », dont il a reçu le « goût profond » ; « obscurément », il se « retranche dans ce sentiment que l’Être est infiniment plus riche et renouvelant que notre logique » ; il se « renonce » lui-même dans un « plus grand que [lui] ». Abandonné « entre les mains de Dieu », il retrempe calmement ses forces « dans la grande et pacifiante intensité de l’Omniprésence divine ». Il se lance à nouveau « sur l’Océan de l’Unique Nécessaire ».

Henri de Lubac s.j.Henri de Lubac s.j.


Ne vous perdez pas en vaines perquisitions intérieures sur ce que vous pouvez bien valoir 1. Mais dites-vous, catégoriquement, que, pour la réussite de l’oeuvre immense de la Création, Dieu n’a besoin que d’une chose : c’est que vous fassiez de votre mieux. Dès lors que vous donnez ce dont vous êtes capable, vous êtes, au maximum, unie à l’Action créatrice : vous ne sauriez être un serviteur plus utile. Comprenez bien ceci, c’est capital : une seule chose importe dans l’existence (pour que notre vie soit pleine), tenir exactement la place, voulue de Dieu, qui est marquée, à chaque instant, par l’équilibre s’établissant entre notre effort (pour réussir et nous développer) et la résistance des choses (qui nous limitent). À cette place-là, nous sommes, dans l’Univers, un atome fidèle et souverainement utile, véritablement annexé au Corps et au Coeur du Christ. À défaut de pouvoir sur notre inspiration et notre intelligence, nous avons aussi, ne l’oubliez pas, la ressource d’intensifier notre intention et notre foi. Plus je vais, plus je pense que de ce côté-là notre puissance est pro­digieuse. Moins vous vous sentirez forte et assurée de vous-même, plus il faut que vous fortifiiez en vous la vue de l’Être omniprésent à qui vous avez...
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