Un passionné de lecture entre dans une librairie. Émerveillé, il voit devant lui une incroyable diversité de livres. Sa passion est si grande qu’il voudrait pouvoir tous les lire. Mais il a seulement de quoi en acheter un. Son choix se porte sur trois livres entre lesquels il hésite. C’est encore trop. Il retient alors celui qui lui fait aimer tous les livres. Puis il le dépose et sort les mains vides à la rencontre de l’auteur.
Cette parabole, avec sa limite, parle de l’indifférence ignatienne.
 

L’enjeu du « Principe et Fondement »


Placé au n° 23 dans le livret des Exercices spirituels, entre le pré­supposé favorable du n° 22 et les examens (n° 24 à 44) qui s’achèvent sur la confession générale et la communion avant le premier exercice de la première semaine, le texte du Principe et Fondement se présente comme un porche d’entrée pour les Exercices. Juste après le rappel du présupposé favorable, il est situé dans le cadre d’une relation entre celui qui propose les Exercices et celui qui les fait. C’est dans un dialogue que le Principe et Fondement est normalement présenté. Mais séparé de la première semaine par les examens et la confession générale, le Principe et Fondement n’implique pas de lui-même l’entrée dans l’ensemble du parcours des trente jours. S’il en est le porche d’entrée incontournable, il peut aussi n’en être que le seuil qu’on ne franchit pas. Il a, pour une part, la fonction d’un filtre. C’est à celui qui propose les Exercices d’en décider grâce au dialogue avec celui qui s’offre à les faire. Il ne va pas de soi, en effet, que celui qui demande à vivre l’expérience des Exercices spirituels telle qu’elle est présentée dans le livret d’Ignace de Loyola, découpée en quatre semaines, soit capable de s’y lancer avec profit. Il importe que celui à qui il est demandé d’accompagner la démarche s’assure de cette capacité. Le Principe et Fondement a notamment cette fonction de vérification.
Quant à son contenu, le texte du Principe et Fondement expose un raisonnement sous la forme d’un syllogisme : l’homme est créé pour servir Dieu (majeure) ; les choses sont créées pour servir l’homme (mineure) ; donc l’homme peut se servir des choses pour Dieu (conclusion). Sous ce raisonnement explicite qui ne contraint pas la liberté de l’homme, mais lui offre une possibilité, court un raisonnement implicite qui s’appuie sur le principe que la liberté de l’homme ne se réalise que dans la mesure où elle choisit le bien. Parce qu’elle peut choisir le bien, elle le doit : la fin de l’homme doit être accomplie (majeure) ; l’homme peut se servir des choses pour sa fin (mineure) ; donc l’homme doit se servir des choses pour Dieu (conclusion) – s’il veut accomplir sa fin. Selon ce raisonnement, la liberté de l’homme s’accomplit en consentant à être en elle-même relation à Dieu, mais son libre arbitre lui permet de le faire ou de ne pas le faire. L’homme peut ne pas vouloir accom...
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