On peut réfléchir à la question : « Comment prendre une décision en communauté ? », en visitant des pratiques et moyens, tels la consultation et la demande d’avis, et en s’interrogeant sur la patience dans la démarche, l’écoute, le respect des avis minoritaires, etc. Ces procédures sont importantes, puisque les énergies créatrices des membres d’une communauté doivent être mobilisées non seulement lors de la prise d’une décision et de sa mise en oeuvre, mais aussi dès le processus de son élaboration.
La présente réflexion choisit cependant une autre approche : Comment bien vivre spirituellement le déroulement d’une prise de décision ? Quelles attitudes intérieures adopter, en vue d’un meilleur service ? Nous tenterons de répondre à ces questions par dix touches successives et complémentaires.

Délibération communautaire ?


La délibération des premiers Pères en 1539 – qui a réuni pendant de longs jours les premiers compagnons, pour décider de l’obéis­sance à l’un d’entre eux, et donc de la fondation d’un nouvel Ordre – est emblématique. Mais cette manière de faire n’est sans doute pas exemplaire pour la vie ordinaire d’une communauté, même si l’on peut se référer à telle expérience heureuse et fondatrice. Elle est rarement utilisée, car elle ne peut être mise en oeuvre que si une communauté discerne sur un choix qui la concerne comme telle et dont elle va payer le prix. De plus, elle n’est possible que si la qualité des relations quotidiennes permet d’envisager un tel choix et une telle démarche.
La fameuse délibération des premiers Pères s’est tenue avant et en vue de la création de la Compagnie de Jésus : le choix de l’obéissance fait à ce moment-là vise entre autres à ne plus délibérer sous cette forme, qui s’avérait onéreuse. Il y va, bien sûr, de la priorité de la mission : impossible de se réunir tous quand il y a tant d’urgences ici et là. Mais il y a aussi des raisons spirituelles :

« Rien ne brise autant l’orgueil et l’arrogance que l’obéissance. L’orgueil aime énormément suivre le jugement propre et la volonté propre, sans céder à personne. Il marche dans des voies de grandeur et de splendeur qui le dépassent. L’obéissance combat diamétralement en sens contraire, car toujours elle suit un jugement qui n’est pas le sien et la volonté d’un autre ; elle est soumise à tous et s’allie très étroitement à l’humilité, ennemie de l’orgueil » 1.
 
Nous pouvons être étonnés que sur un point aussi important que celui de l’écriture des Constitutions, la responsabilité ait été confiée à Ignace et à un tout petit groupe à Rome. La dimension spirituelle de cette manière de faire ne peut être négligée ; les premiers com­pagnons font confiance, dans la foi : ce que quelques-uns choisiront pour tous et pour la vie du Corps sera bon. Ils ne vivent pas de la dé­mocratie 2, mai...
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