Les nouvelles technologies ont fait leurs preuves dans le développement des entreprises mais, au regard de l'Évangile, peut-on analyser leurs bienfaits et leurs limites pour nos communautés chrétiennes ? Faisons-le en questionnant un certain nombre de pratiques au regard de la foi au Dieu de Jésus Christ.

1) « C'est ainsi que tout scribe devenu disciple du Royaume des cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l'ancien. » (Mt 13,52)

Il faut commencer par souligner le danger qu'entraîne parfois la fascination de ces nouveaux outils ; une nouveauté telle qu'elle pourrait conduire certains à penser que tout ce qui est ancien n'a plus de pertinence. Mais le danger majeur dans cette relativisation de l'ancien tient surtout au fait que le « nouveau », dans tout domaine éthique, nécessite toujours un discernement : nous savons qu'il peut asservir tout autant qu'apporter plus d'humanisation.

Or, dans la foi chrétienne, le discernement passe nécessairement par une relecture de l'Histoire et de la tradition. Le Nouveau Testament ne peut se comprendre en dehors des promesses de l'Ancien Testament ; et le neuf n'a de crédibilité que dans la continuité avec ce qui a été révélé il y a vingt siècles en Jésus Christ.

2) « Frères, nous, les Apôtres, nous ressemblons à des gens qui portent un trésor dans des poteries sans valeur ; ainsi, on voit bien que la puissance extraordinaire que nous avons ne vient pas de nous, mais de Dieu. » (2 Co 4,7)

Devant la professionnalisation et la sophistication des moyens de communication mis en place parfois pour évangéliser, il n'est pas inutile de rappeler que « communication » n'est pas tout à fait synonyme d'« évangélisation ».

« Évangéliser » n'a jamais voulu signifier « communiquer un message », et encore moins persuader ou convaincre, mais « éveiller des libertés » pour amener les personnes à choisir librement de tisser une relation avec Jésus Christ. C'est pourquoi la relation concrète avec les personnes, le dialogue et la confiance qui s'établissent, doivent toujours précéder l'annonce. Et, comme le rappelle aussi saint Paul, ce n'est pas notre propre message qu'il nous est demandé d'annoncer mais le témoignage du travail que la parole de Dieu effectue en nous.

3) « Nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les juifs et folie pour les païens. » (1 Co 1,23)

Saint Paul avait déjà conscience que la Parole qu'il annonçait ne répondait pas précisément aux standards de la sagesse grecque. Aujourd'hui encore, les critères de réussite et d'efficacité qui régissent le monde professionnel ne devraient pas être les priorités du développement d'une communauté d'Église. Sur ce plan, il est facile de constater comment les événements d'Église, dans les journaux diocésains, ou comptes rendus paroissiaux, sont de plus en plus décrits par des chiffres : « X participants à ce rassemblement », sans qu'on sache même parfois ce qui s'y est vécu ; la réussite pastorale se mesure aujourd'hui plus en fonction du nombre de personnes que l'on peut toucher et rassembler que par ce qui est plus difficilement mesurable, la fidélité à l'Évangile.

Dans une société où les chrétiens se sentent minoritaires, la tentation est grande de se compter et de faire nombre. Faut-il alors concentrer tous les moyens pour toucher le plus de gens possible ou n'est-il pas tout aussi essentiel de prendre le temps de creuser très profond ?

4) « Le royaume de Dieu est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ… » (Mt 13,24)

Le temps de Dieu n'est pas celui des hommes. La recherche permanente de l'efficacité laisse-t-elle encore la durée indispensable à la maturation de l'appel et au discernement ? Ne sommes-nous pas tentés parfois de tout traiter par nous-même, le plus vite possible, en oubliant le temps nécessaire à la nature humaine pour produire son fruit ?

Les réseaux sociaux sont un formidable outil pour créer des événements qui rassemblent très largement. L'événementiel, qui s'organise souvent de manière spontanée, a supplanté, chez les jeunes générations, les projets qui se construisent dans la durée. Mais « le temps ne respecte pas ce qui se fait sans lui ». Savons-nous encore laisser à Dieu un peu d'espace et de temps gratuit pour qu'il puisse faire son propre travail ?

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« Si le Seigneur ne bâtit la maison, c'est en vain que peinent les bâtisseurs » (Ps 128). N'oublions jamais que c'est d'abord notre foi chrétienne, à la lumière des Écritures, qui nous aidera à tirer le meilleur parti de ces outils nés du génie humain pour qu'ils ne servent pas d'abord à la gloire de l'homme mais à celle de Dieu.