Ce texte reprend une conférence prononcée lors de l’Assemblée générale de la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref), à Lourdes, en novembre 2014.

Commençons par décrire l’espérance, en la distinguant de l’espoir. Distinction classique, mais qui permet de comprendre ce qu’est l’espérance. Certes, la distinction entre espoir et espérance est propre à la langue française, mais toutes les langues ont une distinction équivalente, d’une manière ou d’une autre – ne seraitce qu’en disant « espérer que », avec un complément d’objet, ou simplement « espérer », sans complément. Le philosophe Gabriel Marcel distinguait « j’espère que » de « j’espère », pris absolument, et il repérait une différence de tonus entre les deux.
L’espoir a un objet, alors que l’espérance n’en a pas : on espère quelque chose, mais on vit dans l’espérance. L’espoir est soumis à l’échéance du « ou bien, ou bien », l’espérance au contraire se maintient dans l’ouverture… L’espoir vise un futur escompté, l’espérance se vit au présent. L’espoir est une attente angoissée ou impatiente de quelque chose qui n’existe pas encore, l’espérance est une qualité d’attention à ce qui se donne à nous. Contrairement à l’espoir, l’espérance ne s’attend pas à ce que le réel soit conforme à son désir, mais elle escompte un accroissement de son désir. Au fond, l’espérance ne se définit pas par son contenu mais par son mouvement.
Peut être cité ici, comme exemple, le texte d’une prière qu’on trouve dans des paroisses, dans des aumôneries d’hôpital, etc. Le texte commence par énumérer, sur plusieurs strophes, une série de contrastes, comme par exemple : « J’avais demandé à Dieu le pouvoir pour atteindre le succès : il m’a rendu faible afin que j’apprenne humblement à obéir… » Puis débouche sur cette finale : « J’avais demandé des choses qui puissent réjouir ma vie : il m’a donné la vie afin que je puisse me réjouir de toutes choses. Je n’ai rien eu de ce que j’avais demandé, mais j’ai reçu tout ce que j’avais espéré. »
Finale étonnante que ces deux dernières lignes ! C’est reconnaître que ce qu’on a reçu dépasse et déborde nos attentes. C’est reconnaître qu’on ne connaît pas son espérance, pas plus qu’on ne connaît son désir. Car notre capacité à désirer et à espérer dépasse tout ce qu’on peut imaginer, et n’est connu et comblé que par Dieu.
Ainsi l’espérance ne donne pas de solutions, mais elle ouvre des passages. Dans la Bible, les amis de Job veulent trouver des solutions et des explications aux malheurs qui le frappent ; mais Job, lui, est en quête d’un passage. L’espérance ne résout pas les problèmes, mais elle découvre un chemin là où l’on croyait ne pas pouvoir s’aventurer. La Bible est le livre des passages (de la mer Rouge, le passage pascal de Jésus…), le livre de l’espérance.
 

D’où vient l’espérance?


L’espérance n’est pas au bout d’une argumentation, d’un raisonnement...
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