Christus a réuni une table ronde avec la journaliste Dominique Fonlupt et le rabbin Philippe Haddad afin de parler de la question du respect dans une perspective de dialogue interreligieux dans lequel tous deux sont engagés.


 
Christus : Pouvez-vous dire en quoi la question du respect, qui anime notre dossier, vous concerne.
Dominique FONLUPT : Ce qui me relie au thème de ce numéro est une expérience personnelle. Quand j’ai annoncé, il y a 25 ans, que j’allais épouser un musulman pratiquant, mes parents et mes amis proches ont été pris de panique et ont affirmé que je commettais l’erreur de ma vie. Pourtant, j’étais sûre de ce choix, sûre d’aimer cet homme. On commençait à voir monter un islam politique, qui apparaissait comme agressif. La révolution iranienne n’avait pas 10 ans, l’affaire des Versets sataniques et les débats autour du voile islamique à l’école étaient dans toutes les têtes. C’est la violence de la réaction de mes proches à l’annonce de notre projet de mariage qui nous a vraiment fait prendre conscience que nous étions un couple particulier. Pour ma part, j’ai dû chercher à éclaircir par des rencontres et des lectures la contradiction entre l’image que donnait l’islam et l’homme que je connaissais. Nous avons par ailleurs cherché à nous faire aider et avons rencontré les membres d’un groupe de foyers islamo-chrétiens. Avant même de nous marier, nous avons dû passer trois ans à convaincre les gens que nous aimions (surtout de mon côté) et à réfléchir à toutes les questions qui allaient se poser entre nous, notamment celle de la progression de chacun dans sa propre foi. Il était déjà clair que nous ne nous convertirions ni l’un ni l’autre.
Philippe HADDAD : Avant l’indépendance de la Tunisie, mes parents ont décidé de venir vivre en France. Pour mes deux sœurs et moi, ils ont fait le choix éducatif de l’école laïque. Le modèle de l’école laïque et républicaine était pour eux le meilleur modèle. Et même plus tard, lorsque les écoles juives se sont développées, mes parents ont préféré garder pour nous cette ouverture que nous offrait l’école en nous permettant de rencontrer des enfants issus d’autres pays ou porteurs d’autres cultures. C’était une première manière d’apprendre à respecter l’autre. Mon père voulait également que je fasse du sport, il avait appris qu’Albert Camus avait découvert les principes de son éthique à travers le football, c’est pourquoi il m’avait inscrit au football. Pour lui, le sport était une autre façon d’apprendre le respect. Le football est un sport d’équipe ; il faut apprendre à partager le ballon et il faut aussi surmonter la défaite – sans violence. J’ai également fait du judo, parce que c’est un art martial : on s’incline, on se salue, et la grande victoire, c’est la victoire contr...
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