Comment l’Église catholique considère-t-elle les musulmans ? À quelles formes de dialogue avec eux invite-t-elle ses fidèles ? Dans la « maison commune » qu’est devenu notre monde, les musulmans ne sont-ils pas plus d’un milliard, et plus de quatre millions dans notre pays ? Les évolutions récentes, et notamment la controverse née du discours de Benoît XVI à Ratisbonne, les gestes posés lors de son voyage en Turquie sont à restituer dans la longue marche que l’Église a entreprise depuis le Concile Vatican II en direction des autres religions et de leurs fidèles.
 

L’Église comme conversation


Sans doute faut-il d’abord prendre conscience, parmi les « surprises » providentielles du Concile, de la Déclaration Nostra Aetate sur les relations de l’Église avec les religions non-chrétiennes et à laquelle nul n’avait songé au seuil même du Concile. L’Encyclique Ecclesiam suam de Paul VI (6 août 1964) y avait puissamment aidé, puisqu’il y était dit que « l’Église doit entrer en dialogue avec le monde dans lequel elle vit ».

Vers une compréhension mutuelle


Au Concile, l’Église considère donc que les musulmans, dans la grande variété de leurs appartenances nationales ou culturelles et dans la relative diversité de leurs traditions religieuses, sont tous des croyants monothéistes que « le dessein de salut enveloppe également, car ils reconnaissent le Créateur, professent avoir la foi d’Abraham et adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, futur juge des hommes au dernier jour » (Lumen Gentium, 16). Dès lors, les disciples du Christ sont invités à regarder « avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes » (Nostra Aetate, 3). Il leur faut savoir encore qu’« ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s’ils sont cachés, comme s’est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers. Bien qu’ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète ; ils honorent sa Mère virginale, Marie, et parfois même l’invoquent avec piété. De plus, ils attendent le jour du jugement, où Dieu rétribuera tous les hommes ressuscités. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne » (Nostra Aetate, 3).
Et c’est pourquoi les Pères du Concile en ont conclu que « si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le Concile les exhorte tous à oublier le passé et à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté » (Nostra Aetate, 3).

Différences et proximités


Au...

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