Par son activité captatrice, l'homme a fait du monde sa proie. Il devient urgent et indispensable de réinventer des relations viables entre tous les êtres vivants. Cet enjeu est spirituel, car il répond au désir de vie que Dieu porte pour sa création.

À la suite de sa rencontre avec la Samaritaine, le Jésus de la communauté johannique annonce la venue de l'heure où l'on trouvera, enfin, des hommes selon le Père. « L'heure vient – et c'est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car ce sont de tels adorateurs que le Père recherche. » (Jn 4, 23). En ouvrant la réflexion sous l'angle de la spiritualité, au sujet du bien commun tant recherché, nous nous plaçons dans cette considération de quelque chose qui advient maintenant, de l'ordre du choix et de l'énergie des humains qui veulent œuvrer en vue de la vie que Dieu désire et suscite pour son monde. Au double titre de la réflexion philosophique et théologique, visons le bien commun pour l'heure actuelle et pour les temps qui seront le fruit de notre présent. Car quelque chose est arrivé à la conscience. Le monde a changé. Du nouveau est advenu qui n'est plus guère nié, quand nous prenons désormais conscience des dégradations consécutives à la consommation du monde. L'existence chrétienne s'engage ici, non pas à élaborer de nouvelles considérations, mais à opérer une conversion de son rapport au monde et à autrui, en vue du bien commun. Or, cette conversion, qui veut aimer dans le même geste Dieu, les hommes et leur monde, ressemble au mouvement de l'Évangile.

Croire au bien commun

Lorsque, au début de l'Enracinement (1943), Simone Weil tente d'établir une liste de biens essentiels qui correspondront quelques années plus tard à la Déclaration des droits de l'homme de 1948, elle se demande quels sont les besoins fondamentaux de l'être humain, ces biens sans lesquels il ne peut mener une vie réellement humaine. Il s'ensuit une liste de besoins qui vont par paires complémentaires comme liberté et autorité, égalité et hiérarchie. Mais cette liste, déjà, se voit complétée par certains biens qui vont en solitaire, tel le besoin d'air pur. Or, de façon différente, un philosophe platonicien serait moins descriptif, estimant que, s'il est possible de convenir des biens dont il est nécessaire de disposer pour mener une vie réellement humaine, on n'aura pas pour autant attrapé dans nos filets « le » bien commun. Tenant aussi que cette multiplicité de biens ne permet pas de définir la priorité d'un bien sur l'autre, qui demeure indécidable : l'air pur est-il pour tous plus imp...


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