« Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous » (Mc 14,7). Et si le message de Jésus était, non pas un constat d’échec, mais bien une promesse ? Les pauvres sont aussi l’Église. Dans ma pratique journalistique, j’ai pu découvrir et sentir à diverses occasions com­ment des chrétiens vivent cette promesse d’une fraternité durable. Dans une société qui marginalise et laisse sur le bas-côté ceux qui ne suivent pas le rythme, l’Église tente de marcher au pas du plus faible. Au-delà des ruptures sociales, il peut y avoir un lien ecclésial, communautaire, fraternel, qui tient. Qui doit tenir : c’est une exigence évangélique.
 
Novembre 1999. Le diocèse de Cambrai est frappé de stupeur par le décès brutal de son pasteur. En pèlerinage avec ses prêtres en Terre sainte, Mgr Jacques Delaporte a été victime d’une hémorragie cérébrale entre Jéricho et Jérusalem. Quelques jours plus tard, il y a foule sur le parvis de la cathédrale trop petite pour contenir les fidèles. Traversant l’assemblée, le cercueil est porté par les compa­gnons d’Emmaüs. À dos d’hommes, la dépouille de l’archevêque est portée en terre par les siens. Ces gars en rupture, que l’évêque allait volontiers rencontrer après une visite pastorale ou le diman­che après-midi, lui sont naturellement proches. Pour eux, par la volonté de quelques-uns, de la communauté Emmaüs, de l’évêque lui-même, la rupture ecclésiale ne s’est pas ajoutée aux ruptures professionnelles, sociales, familiales. Ces gaillards confrontés à bien des soucis se sentaient pleinement de cette Église diocésaine qui portait sa peine.
La pauvreté matérielle, mais aussi les ravages de l’alcool, de la drogue, de la rue, ont vite fait de malmener l’existence. Et la rupture sociale se conjugue généralement avec une rupture culturelle et relationnelle. « Quand on a perdu son travail ou que l’on est han­dicapé, socialement, on n’existe plus ; on vous regarde d’une autre façon. On n’est plus rien, on est des sans rien », témoigne Fabienne Jouvet 1. Le pauvre n’est voisin de personne, il est en dehors des modes de communication instantanée qui nous envahissent. Ces exclus, ces « sans-rien » ne sont pas seulement tenus à l’écart. Quand bien même se posent-ils sur le trottoir d’en face, ils disparaissent du paysage social. Et ils pourraient aussi disparaître de l’horizon ecclésial si personne ne s’en souciait. Les initiatives ne manquent pas ; elles ne visent pas à des performances chiffrées : des pauvretés, il y en aura toujours. Elles ont pour ambition d’être le signe, dans le monde d’aujourd’hui, d’une relation où la rupture n’a pas lieu d’être, où la fracture sociale n’est pas irréductible.
 

Belles intentions


Les exclus sont-ils au coeur des préoccupations ecclésiales ? Animés des meilleures intentions du monde, nous prions pour les sans-abri : « Qu’en cette période de grand froid, ils trouvent un refuge et un accueil chaleureux...
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