Rencontre de Dieu et rencontre de l’autre sont, en christianisme, indissociables. C’est la merveilleuse et redoutable loi de notre foi et de notre vie chrétienne. Accompagner un autre en sa quête de Dieu donne d’en faire une expérience propre, car pour vivre la rencontre de son Dieu, un frère s’adresse à moi.
À celui qui s’exerce à le chercher, Dieu donne. Il « donne de ce qu’il a » ; Il se donne ; Il « désire se donner, autant qu’il le peut ». Et moi qui accompagne un frère sur ce chemin, où suis-je, quel est mon rôle en cette donation ? Bien évidemment, ce n’est pas moi qui donne. Comment le pourrais-je ? Mais il faut aller plus loin : ce n’est pas non plus avec moi, ni grâce à moi, ni même à travers moi que Dieu se donne. Et pourtant, pour se donner, sans moi, à qui le désire, Dieu a besoin de toute ma présence. Le retraitant que j’accompagne trouvera la vie en se remettant à Dieu seul pour le tout de son existence, jusque dans les moindres détails. Cette offrande, Lui seul peut la faire. Elle ne doit rien à la mienne. Mais pour se livrer ainsi, sans moi, au Seigneur qui le recherche, « celui qui reçoit les exercices », comme dit Ignace de Loyola, a besoin de toute mon écoute, de ma parole aussi. Comment les lui donnerais-je sans ma propre offrande ?
Il me revient d’être là, vraiment là, pour laisser « le Créateur agir immédiatement avec sa créature et la créature avec son Créateur et Seigneur » (Ex. sp. 15). Il me revient d’être là d’une présence dépouillée, qui permette que l’autre cherche la relation à son Seigneur, qu’il s’ouvre dans l’accompagnement mais sans s’attacher à moi ni dépendre de moi, qu’il ne veuille pas faire tout seul ce chemin, qui est cependant le sien et non le mien. En ce lieu même, m’est mystérieusement offerte, à moi aussi, une rencontre de Dieu.

« La terre que tu foules est une terre sainte »


Invitée à me tenir au plus près d’une rencontre, j’entends pour ma part : « Retire tes sandales, la terre que tu foules est une terre sainte… » Quelle terre ? Celle de l’ici et maintenant où se cherche, où s’opère, tout aussi indubitable qu’insaisissable, subtile alliance d’instant et de lent cheminement, dans la nuée lumineuse qui unit la transfiguration à l’exode, la rencontre entre un homme ou une femme et son Dieu. Cette terre-là m’est offerte et presque confiée pour que celui qui m’a demandé de lui donner les exercices puisse les recevoir. Cette terre, elle est faite, modestement et sans crainte d’une sorte de banalité, du rythme de nos entretiens et de leur contenu : ce sont les « exercices » que, dans la référence constante au livret d’Ignace, je propose, pour que le chercheur de Dieu accueille les mots d’une Écriture devenue Parole vivante et les gestes que son Seigneur pose en sa propre existence ; c’est le compte rendu que me fait le retraitant de ce qu’il a vécu ; ce sont encore les précisions dans la manière de s’y prendre, les éclairages...
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