Ceci n'est pas à proprement parler un « journal », et je ne sais s'il est « spirituel ». Ce n'est qu'un recueil simple et sincère de ce que j'ai vécu intérieurement. Je suis peu enclin à écrire des journaux ; je préfère méditer, sentir profondément, et prier le Seigneur. Je n'ai pas écrit durant les cent vingt-six jours de captivité, et, l'eussé-je fait, tout aurait été perdu ou brûlé par les explosions et la destruction de l'action armée du 22 avril. Je n'ai même pas pu récupérer le calice avec lequel je disais la messe ! J'écris aujourd'hui parce qu'on me le demande, et en action de grâce.

Lundi 16 décembre 1996


Avant de me coucher dans ma maison de la paroisse de Fâtima, je parcours mon agenda pour le jour suivant. Mes quatre-vingts élèves des deux sections d'Economie II passent leur examen final ; j'ai déjà préparé dans mon PC les questions, longues et précises, à « choix multiple ». Dans la matinée, il faudra que je reçoive diverses personnes et que je passe quelques coups de fil pour avancer la publication des exposés des deux derniers InterCampus. Le soir, j'ai trois choses : le concert de la cathédrale à l'aimable invitation de monsieur le maire, la réception à l'ambassade du lapon pour le jour de l'Empereur, et une session à l'université. Cela, je ne peux m'en passer. Je suis très peiné de ne pouvoir assister au concert de Noël ; comme saint Ignace, j'aime la musique. Mais je dois aller à la réception de l'ambassadeur Aoki, à cause des travaux que nous faisons sur les économies de l'Asie-Padfique ; là, je dois saluer diplomates, grands patrons, politiciens et fonctionnaires d'organisations internationales ; ce sont des gens à l'agenda très chargé, et c'est parfois en parlant quelques minutes avec eux dans ce genre de brèves réunions que l'on peut trouver des projets importants pour l'université et le pays.

Mardi 17 décembre


Je n'en reviens pas. Je suis en vie mais captif, avec des centaines d'aunes. Il n'y a déjà plus de rafales de mitraillettes. Il doit eue près de minuit. En silence, dans l'obscurité, assis par tene dans une pièce du deuxième étage les jambes serrées, avec plus de ttente personnes pouvant à peine respirer : un MRTA, une mitraillette à la main, a fermé les rideaux de la fenêtre ; une contre-attaque immédiate de l'extérieur est possible. J'essaie de prier, seul, malgré l'absurdité de la situation : « Seigneur, Tu es toujours près de nous, mais comme tu semblés t'éloigner quand les eues humains font de pareilles folies ! » J'écoute la respiration de mes compagnons, quelques doux ronflements, mais beaucoup doivent eue éveillés, à penser à leurs familles, au pays, et à maîtriser avec sérénité leur stupeur et leur angoisse. « Seigneur, puissions nous voir lever le jour, puissions-nous êtte en vie ! »

Mercredi 18 décembre


Dans l'entassement général, le...

La lecture de cet article est réservée aux abonnés.