Le fait d’avoir dédié en 1997 mon premier livre, L’ordinaire des jours, au P. Joseph Thomas (1915-1992), se voulait signe de grati­tude. Le Centre pour l’Intelligence de la Foi (CIF) fut notre premier lieu de rencontre, et le travail de vérité engagé pendant ce temps d’études et d’échanges m’incita à des choix fondamentaux, dont celui de l’écriture. Il m’en avait révélé le chemin en me demandant des articles pour Christus. Bien d’autres témoins pourraient rendre compte, à leur manière, de son intelligence de la foi, de son amour indéfectible de l’humain, de sa pédagogie orientée vers la liberté. C’est en praticien qu’il cultiva inlassablement les différents champs où il fut envoyé.
Après quelques années d’enseignement, il devient aumônier national du Mouvement Chrétien des Cadres (MCC). Observateur religieux pendant les dernières sessions de Vatican II, la mise en oeuvre du Concile le passionne, autant que les répercussions de Mai 68. Il fonde le CIF pour les laïcs, tout en acceptant la charge de la formation permanente du clergé parisien, et en assurant la direction de Christus et de Croire aujourd’hui ainsi que la coordina­tion de la revue Vie chrétienne. Premier prédicateur de Carême à ne pas utiliser la chaire, il préfère s’adresser d’« en bas » au public de Notre-Dame. Il sera un peu plus tard à l’origine du département de Spiritualité du Centre Sèvres, adjoint à la revue Études et aux Cahiers pour Croire aujourd’hui. Dernier travail de terrain : la formation des laïcs et la participation au synode du diocèse d’Évry. La prière et l’étude personnelles nourrissaient ces activités auxquelles il convient d’ajouter les accompagnements spirituels, les conférences, retraites, émissions de radio et télévision, et ses publications.
Ayant lu et relu pour l’occasion l’essentiel de ses textes, je demeure impressionnée par l’actualité de leur pertinence et souhaite que de nombreux lecteurs continuent d’ouvrir ses livres afin de profiter encore de sa présence éclairante.
 

L’art de repérer les obstacles


Au soir de sa vie, Joseph Thomas exprimait sa reconnaissance à la Compagnie, ce corps pour Dieu et pour le monde fractionné en multiples membres occupés à leurs tâches comme des travailleurs dans les rangées de vignes. Quand, fatigués, ils se redressent, note-t-il, ils aperçoivent les autres, signe reconnu de l’union au coeur d’une pratique 1. J’y ajouterai l’image du rosier planté en bout de rang, révélateur de la bonne ou de la mauvaise santé de la vigne, car il « prend sur lui » ce qui éprouve le vignoble. Le P. Thomas n’a cessé de traverser et de faire traverser des crises ecclésiales, en dégageant, à travers la peur ressentie, ce qui se trouvait réellement en jeu. Il connaissait personnellement le parcours onéreux, toujours à reprendre, qui va de la peur à la confiance. Orphelin à six ans, dépouillé de ses biens par un n...
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