« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu… » ! L’exhortation domine le don de la Loi dans le Deutéronome et résonne tout au long de la tradition juive. La foi chrétienne lui répond dans la première lettre de Jean : « Dieu est amour », en écho au commandement nouveau de Jésus : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés ». Vertu théologale, la première, l’amour nous fascine ; nous avons répété, un peu perplexes, le commandement de l’amour : « Aimez vos ennemis »[1]. Mais qui saura le vivre ? Peut-être faut-il d’abord tenter de l’aborder autrement, sous un aspect plus modeste, plus audible certainement pour nos contemporains. La notion de respect ici proposée retient toute l’attention du lecteur de la Bible.
 
 

La crainte de Dieu

 
Y a-t-il des mots dans la Bible pour exprimer le respect, comme relation entre les hommes et Dieu, mais aussi comme relation des hommes entre eux ? Ce n’est pas évident, et l’expression qui éclairerait peut-être le plus notre recherche pourrait bien être celle de la « crainte de Dieu »[2]. Elle court de l’un à l’autre Testament, dans une certaine ambivalence, qui nous pousse à l’interroger.
 
 

Devant la terre sacrée

 
 
La crainte que l’homme ressent devant Dieu, et notamment lorsque Dieu s’approche, tient d’abord de ce que l’on a appelé dans les religions anciennes « le sacré » ; les spécialistes des religions parlent du tremendum, la terreur sacrée qui saisit l’être humain lorsqu’il approche le domaine de la divinité[3]. Opposé au « profane », le sacré définit alors la sphère du divin avec une double dimension de vénération et de terreur. Domaine de la divinité, le sacré est entièrement séparé du monde des hommes qui ne peuvent l’aborder qu’avec crainte et tremblement. Il investit souvent la partie dangereuse et non maîtrisable de la nature ; l’homme s’en garde et tente de se le rendre favorable par des sacrifices de toutes sortes. Une telle notion du sacré n’est pas absente de la sainteté du Dieu d’Israël : lorsqu’il se révèle à Moïse dans le buisson de feu qui ne se consume pas, Dieu lui dit : « N’approche pas, retire tes sandales de tes pieds car ce lieu est une terre sacrée »[4].
Mais Dieu qui se révèle à Israël n’est pas assignable à un lieu, aucun sanctuaire ne saurait l’enfermer. Dieu est toujours au-delà de nos représentations et de nos expressions. Et la sainteté exprime cette réalité inatteignable de Dieu : « Toi, tu es le Saint » La lecture de cet article est réservée aux abonnés.