Bayard, 2021, 356 p., 23,90 €.

La littérature sur Qumrân, et notamment sur les rapports entre le mouvement chrétien et la communauté énigmatique qui a occupé ce site pendant des décennies, est immense et inégale. Le livre de John Bergsma se distingue par son accessibilité. Le cœur de la thèse est juste, quoique pas nécessairement nouveau. Il souligne l'enracinement de Jean le Baptiste, de Jésus lui-même et de ses premiers disciples, dans le judaïsme du temps. Alors que, depuis les travaux de John Paul Meier (étrangement non cité dans le livre), on met davantage en valeur le lien du christianisme naissant avec les pharisiens, John Bergsma donne plusieurs exemples (l'importance donnée au baptême, au célibat, aux repas fraternels, la place des prêtres dans la communauté, etc.), qui montrent des échos avec des rites et des croyances esséniennes. Les analogies mises en lumière sont réelles et parlantes. Mais le conservatisme de l'auteur l'amène parfois à des décisions étonnantes, que ses propres convictions théologiques n'exigeaient d'ailleurs pas. C'est ainsi qu'il valide l'ensemble du témoignage de Flavius Josèphe sur Jésus, considère Jean, fils de Zébédée, comme l'auteur du quatrième évangile, suit Annie Jaubert sur la chronologie de la Semaine sainte en défendant l'idée que Jésus aurait suivi le calendrier essénien (la chose n'est pas impossible mais il va, ce me semble, au-delà de ce que les indices signalent : même Joseph Ratzinger n'avait finalement pas retenu cette hypothèse). Notons en passant que l'édition est assez peu soignée, avec de nombreuses coquilles. La traduction est correcte mais j'aurais personnellement évité le mot « secte » qui n'a pas la même connotation en français et en anglais. Il s'agit plutôt de courants juifs, de partis, de communautés différentes. Un des grands mérites de l'ouvrage, outre sa clarté, est de nous donner accès à de nombreuses citations des textes de Qumrân. En les découvrant, le lecteur pourra effectivement constater les affinités spirituelles entre ce groupe et la communauté née de Jésus. De ce point de vue, je rejoins l'auteur lorsqu'il considère probable que beaucoup d'esséniens aient rejoint le christianisme après 70. Il montre aussi que la théologie catholique est beaucoup plus proche de Jésus et de son mouvement que la théologie protestante luthérienne ou évangélique classique (notamment sur saint Paul). Cela nous paraît assez évident mais cela l'est beaucoup moins aux États-Unis.