Le verbe « aimer » (agapaô) et le nom « amour » (agapê) occupent une place importante dans l'évangile selon saint Jean. A lui seul, le verbe agapaô revient trente-six fois dans cet évangile, contre seulement vingt-quatre occurrences pour l'ensemble des évangiles synoptiques. De même, le nom agapê figure à neuf reprises, alors que les synoptiques ne comportent en tout que deux emplois de ce mot, en revanche omniprésent dans les épîtres pauliniennes. Il n'est donc pas exagéré de prétendre que l'amour constitue un véritable leitmotiv de l'évangile johannique.
 

Entre amour divin et amitiés terrestres


Dans la plupart des cas, les deux termes présentent une acception proprement théologique, puisqu'ils désignent soit la relation réciproque unissant le Père et le Fils, « de toute éternité » (« avant la fondation du monde », Jn 17,24), soit la générosité de Dieu à l'égard de « l'humanité » (« le monde », 3,16), concrétisée par l'envoi du Fils unique pour le salut des hommes. Il ne reste donc que quelques emplois des mots agapaô et agapê dans le contexte des relations unissant à Jésus les compagnons humains mis en scène dans le récit évangélique. De cette première observation, on pourrait être tenté de déduire que, si la notion d'agapê convient aux relations impliquant Dieu lui-même, les sentiments simplement humains relèveraient davantage du verbe commun phileô, ainsi que du nom philos désignant la personne aimée, notamment dans le cadre de la simple amitié. Or, l'observation précise du texte johannique invite à la prudence. Sur les treize occurrences johanniques du verbe phileô, plusieurs impliquent Dieu lui-même ; ainsi, en 5,20 : « Le Père aime le Fils » ; en 16,27 : « Le Père vous aime, parce que vous m'avez aimé. » De plus, en 20,2, l'expression : « Le disciple que Jésus aimait » comporte le verbe phileô, au lieu d'agapaô, présent dans les autres occurrences. Enfin, dans la scène d'investiture où Pierre se voit remettre la charge pastorale (21,15-19), le dialogue de l'apôtre avec le Ressuscité mêle les deux verbes agapaô et phileô, sans qu'a priori on puisse dire qu'il y ait une nette différence de signification entre les deux termes. Quant au nom philos, désignant toute personne aimée et plus particulièrement l'ami (e), il est relativement rare dans le quatrième évangile, avec seulement six occurrences (contre quinze chez le seul Luc, mais une seule chez Matthieu et aucune dans l'évangile de Marc).
De cette première approche philologique, il paraît possible d'affirmer que, d'une part, il n'y a pas de différence substantielle entre l'amour divin et l'amour ou l'amitié terrestres, puisque les termes paraissent en mesure de s'échanger ; et que, d'autre part, le discours johannique sur l'amour ou l'amitié terrestres doit être considéré comme second par rapport à l'affirmation...
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