Les liens de Jacques et Raïssa Maritain avec les grands spirituels jésuites des xw et xviii< siècles n'ont guère été étudiés 1. Ils sont pourtant profonds et durables, puisqu'ayant pris forme dès avant leur conversion ils apparaissent à plusieurs reprises dans leurs oeuvres lorsqu'est abordé le problème de la contemplation chrétienne. Ils s'inscrivent dans l'attention que les Maritain ont toujours accordée à la question de la vie mystique, à son insertion « ordinaire » et « normale » dans la croissance de la grâce baptismale, et dans leur souci d'une sagesse intégrale comme lieu de communion enue la recherche spéculative du philosophe ou du théologien et la contemplation des saints.
Cet intérêt pour la mystique chrétienne est à situer dans le riche contexte de la France religieuse du début du siècle 2. La laïcisation conquérante et, plus profondément, la sécularisation de la société ont paradoxalement induit une vitalité ecclésiale intense, même si, jusqu'en 1914, les ordinations sacerdotales connaissent une constante décrue. En contraste avec le retrait forcé du catholicisme de la vie publique et de ses bastions traditionnels, c'est, avec l'affirmation d'une volonté d'action sociale qui ne tourne pas toujours au militantisme politique, un véritable renouveau spirituel qui s'établit. Ce renouveau est divers, et il s'accompagne d'une multiplication des conversions d'écrivains laïcs comme Claudel, Péguy, Massignon, Psichari (petit-fils de Renan) ou Massis. Il s'enracine dans de grandes initiatives, comme la consécration de toute l'humanité au Sacré-Coeur par Léon XIII en 1899, ou encore l'instauration de la fête du Christ- Roi par Pie XI en 1925. Les foules sont nombreuses dans les grands lieux de pèlerinage tels que Lourdes, NoUe-Dame-de-Fourvière, Paray-le-Monial ou la Salette. Pie X encourage, par ailleurs, un mouvement liturgique naissant, fortement lié à la spiritualité bénédictine et promis à un grand rayonnement. Il recommande la communion fréquente, y admettant les enfants dès l'âge de sept ou huit ans.
La renaissance de la prière de l'Eglise va de pair avec une exhortation à l'oraison intérieure, dont l'abbé de la trappe de Sept-Fons entend faire, dans un ouvrage très recherché dès sa parution en 1913, L'âme de tout apostolat. La redécouverte des maîtres spirituels jésuites français appartient à ce nouvel essor, avec les études de l'abbé Bremond dont certaines perspectives seront contestées au sein de la Compagnie par la Revue d'ascétique et de mystique, fondée en 1920. Cette opposition, néanmoins, trouvera vite ses limites, car la spiritualité française est dominée, dès le premier quart du XX' siècle, par la figure de Thérèse de Lisieux, canonisée en 1925, et par sa « petite voie » qu'elle expose dans l'Histoire d'une âme. C'est en tout cas sur le fond de cet exceptionnel réveil religieux que s'inscrit la conversion et le baptême, le 11 juin 1906, de Jacques et Raï...
La lecture de cet article est réservée aux abonnés.
COMMENTAIRES
Vous devez être connecté pour poster des commentaires.