Au coeur du mensonge (1998) de Claude Chabrol constitue avec L’Enfer (1993) et Merci pour le chocolat (2000) une trilogie sur « l’enfer du doute ». Entre mélodrame et policier, ce film « noir », de l’avis de Chabrol lui-même, est comme la descente aux enfers d’un couple, dans une petite ville de Bretagne (Saint-Malo), où le meurtre d’une fillette engendre la suspicion. Au coeur du doute donc, un peintre, René Sterne (interprété par Jacques Gamblin) et sa femme Viviane (Sandrine Bonnaire) attirée par le très médiatique journaliste parisien Desmots (Antoine de Caunes). La jeune com­missaire Lesage (Valeria Bruni-Tedeschi) veut faire la vérité sur le drame dans cette petite ville où tout le monde ment, et se ment à soi-même, où plus on cherche à y voir clair, plus on s’enfonce dans le mensonge.
À travers les fils de l’intrigue policière, le film interroge le rapport de l’imagination à la vérité. « L’imagination, c’est pas vraiment le mensonge, c’est même le contraire », affirme le peintre au journa­liste lors du dîner qui les mettra face à face.
 

L’ombre du doute
 

Le film s’ouvre sur le visage en gros plan d’une petite fille qui dessine avec application à une table. Des tubes et des pots de pein­ture, de vieux chiffons, dans le désordre d’un atelier. Face à elle, en silence, un homme l’observe, esquissant au crayon son portrait sur un carnet de croquis. C’est la fin du cours de dessin ; tandis qu’elle sort, il l’accompagne sur le seuil et la laisse aller. On découvrira le cadavre de l’enfant dans les bois dans la séquence suivante.
Parce qu’il est le dernier à l’avoir vue vivante, René Sterne est très vite soupçonné. Et très vite, la spirale du doute fait chanceler ce personnage tourmenté et fragile. Il est marié depuis plusieurs années avec Viviane, ils n’ont pas d’enfant. Comme son nom le laisse entendre, Viviane, qui est infirmière, est du côté de la vie. C’est elle qui « fait bouillir la marmite ». Tous deux se connaissaient enfants. Après s’être perdus de vue, ils se sont retrouvés lorsque René, suite à l’attentat rue de Rennes à Paris en 1986, où il avait failli perdre une jambe, avait dû suivre une rééducation. Depuis, il a besoin d’une canne. Sa dernière grande exposition date aussi de cette époque-là. Petit à petit, il a renoncé au portrait et ne peint plus que des paysages. Il « essaye de se rendre utile » : il donne des cours de dessin, il a réalisé un décor en trompe-l’oeil pour la décoration du nouveau théâtre de la petite ville.
À l’opposé de ce personnage « courageux » mais sombre, Ger­main-Rolland Desmots incarne une réussite cynique. Ce journaliste parisien, « un de ces intellectuels des médias qui écrit dans différents journaux d’opinion politique et qui a son émission à la télévision » 1, romancier à l’occasion, est une célébrité locale, puisqu’il passe là des vacances. Justement,...
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