Le rêve affirmait Sigmund Freud, est l'accomplissement d'un désir » 1. Ce n'est qu'un rêve, dira-t-on, une pure illusion ! Mais le désir, même refoulé, est, lui, bien réel !
Et ce désir est loin d'être inactif : il fait rêver et pas seulement rêver. C'est lui qui, plus ou moins inconsciemment, oriente nos pensées, nos croyances et parfois, nos projets. Encore faut-il passer, un jour ou l'autre, du rêve à la réalité ! C'est là que le bât blesse. On préférerait souvent vivre une « vie de rêve », c'est-à-dire en rester au plan purement imaginaire, sans avoir à affronter la pénible réalité. Les croyances religieuses, toujours selon Freud, offriraient une telle échappatoire... illusoire, bien sûr ! « Une croyance est une illusion, lorsque dans sa motivation, la réalisation d'un désir est prévalente et que de ce fait, on ne tient pas compte du rapport de cette croyance à la réalité, comme l'illusion elle-même renonce à être confirmée par le réel » 2.
Jugement sévère injuste peut-être mais qui oblige à réfléchir sur ce qu'on appelle à tort ou à raison, une vie spirituelle. Quel désir anime le croyant ? Quelle part d'illusion faut-il reconnaître dans les expériences religieuses ? Sont-elles vraiment « irréalistes »? Il vaut la peine de s'interroger là-dessus.

Rêves de jeunesse ?


« Il ne faut pas rêver », dit la sagesse populaire Est-ce si sûr ? Une part de rêve, en chaque existence humaine n'est-elle pas indispensable ? Dans un de ses derniers ouvrages, une psychanalyste spécialiste du « rêve éveillé », nous rappelle après Freud, l'importance des rêves 3 : il faut affirme-t-elle avoir rêvé et tenir compte de ses rêves. Faute de quoi, toute une part de nous-mêmes risque de nous échapper. La personnalité s'en trouve appauvrie voire psychologiquement handicapée Celui qui n'a jamais rêvé peut-il encore s'ouvrir à des projets d'avenir ? Peut-il même assumer son passé ?
A Loyola, sur son lit de blessé, saint Ignace rêvait ! Il rêvait de grands exploits au service d'une certaine dame (« plus que comtesse plus que duchesse »), à la manière des héros dont il avait lu les aventures dans les romans de chevalerie II laissait courir ses pensées au gré de son imagination. Un peu plus tard, ayant découvert des vies de saints, il imaginait (le mot est dans le texte) ce qu'il pouvait faire au service de Dieu. Et il se voyait toujours en imagination, faire mieux que saint François ou que saint Dominique partir à son tour en pèlerinage se livrer à de rudes pénitences, etc 4. Une telle expérience n'est pas sans évoquer les « associations libres » de la psychanalyse et le rôle capital qu'y joue l'imaginaire.
Faut-il parler ici d'illusions ? Peut-être mais ces imaginations, chez Ignace donnaient peu à peu naissance à de grands projets. Il faudra de longues années pour que ceux-ci se réalisent et ce sera de façon bien différente Mais ne fallait-il pas d'abord les « rêver » ? Bien des illusions, sans doute sub...
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