Gallimard, « Blanche », 2021, 136 p., 14 €.

Graduel. Un titre heureux. Et juste. Son propos est de dire et partager, depuis le seuil du jour, le chemin montant d'un accomplissement humain, fruit d'une expérience poétique nourrie de la profondeur de ses intuitions.

Chaque poème de ce nouveau recueil de Jean-Pierre Lemaire vibre d'une scansion dont la simplicité dessille le regard du cœur. Alors que tournent les pages d'une existence, les visages et les événements prennent une nouvelle couleur sous le signe de la sagesse et de la gratitude. À quiconque, pauvre et vulnérable, le poète imprégné des lueurs de l'Évangile, et qui ne revêt jamais le prêt-à-porter de la pensée unique, a l'art de donner à voir le réel de la vie avec sa part d'invisible ; d'un mot toujours familier, il suggère ce qui pourrait échapper et l'apprivoise au bord du mystère et de l'infini.

D'un profond respect de la dignité humaine, tout en pudeur, utilisant ses outils en maître artisan du vers, le poète parle simplement du monde tel qu'il est, marqué par l'effacement de Dieu. Ce monde est le nôtre et il est à aimer. Jean-Pierre Lemaire sait alors « prendre la main » ; il porte le parcours des siens et des autres, souffrant avec eux, surtout quand la déchirure de l'absence vient griffer l'âme.

Le ciel accompagne les saisons (parfois obscures) du poète retrouvant terrils ou montagne, Méditerranée et palmiers, des lieux d'admiration où scintillent les petits riens de la réalité, jusqu'à ce seul brin de muguet, mais qui sont des rhizomes pour le cœur et la mémoire. Jean-Pierre Lemaire rappelle que toute vie a besoin de s'enraciner et de trouver la source de ce qui la fait unique, cette source aux entrailles de la création et de la parole qui portera semence. Et de cet itinéraire, qui demeure fragile, mûrit quelque chose qui peut être langage de Dieu. Ainsi le poète espère et croit que les malheurs, les échecs, la souffrance n'auront pas le dernier mot. La résurrection est possible. Une présence veille et ranime la confiance, et même la joie, ce qui est en définitive la « marque » du recueil, son âme.

Ce Graduel, animé d'un souffle de vie, est chemin de foi et de bienveillance, capable de déceler ce qui fait grandir le vivant. Alors peuvent enfin s'épanouir les stances du poète, récapitulation de sa parole, chant bouleversant d'une magnifique ampleur qui nous émerveille. Ici, tout est source. Un grand livre. Un livre de vie.