Préface de Mgr Bruno Feillet, Fidélité, « Béthanie », 2020, 204 p., 14 €.

Il y a déjà plus de quatre ans, le pape François publiait Amoris lætitia, son exhortation apostolique sur la pastorale familiale. On sait l'accueil diversifié qu'elle a reçu, réjouissant beaucoup de gens, troublant quelques autres, en particulier pour son chapitre huit relatif aux situations difficiles, celle des divorcés remariés. Il est bienvenu de relire aujourd'hui le texte avec un peu de recul, et de donner un écho de sa mise en œuvre dans les diocèses de France. Les auteurs de l'ouvrage avaient contribué, dès 2016, à une édition « présentée et commentée », où l'on trouvait déjà des témoignages.

Je proposerais volontiers ce nouveau livre comme une bonne introduction à la théologie du pape François. Sur une thématique qui nous concerne aisément – nos familles, belles et fragiles – on tire quelques fils majeurs de la pensée (vigoureuse) du pape. Sa « logique » (Amoris lætitia, n° 312, cité p. 189) est qu'on ne se lassera jamais de « comprendre, pardonner, accompagner et surtout intégrer » tous ceux qui peinent dans l'amour, et ceux même qui ont failli. L'Église « comprend peu à peu qu'elle a besoin de tous ses membres, et surtout des plus fragiles, pour se construire en fidélité à Jésus Christ » (citation d'un évêque, p. 156). La doctrine catholique n'est pas une règle définitive tombée du ciel, qu'on appliquerait tant bien que mal aux personnes ; la doctrine est « pastorale » (intuition clé du concile Vatican II), elle s'élabore et progresse en même temps qu'on rejoint les personnes, qu'on les accompagne, qu'on s'efforce de leur ouvrir des portes de salut. Le soin des personnes n'est pas affaire de sentences mais de « discernement ». Les auteurs de Familles, belles et fragiles ! expliquent fort bien ce fameux « discernement », cette « intelligence du cœur », cette « sagesse pratique » qui restera l'un des grands mots de l'actuel pontificat.