Où commence, où finit l’océan Pacifique ?
Le détroit de Béring et l’Antarctique en déterminent les extrémités nord et sud, et les deux Amériques en constituent tout naturellement l’un des rivages – mais il est plus difficile de circonscrire l’extrémité qui leur fait face. Ce qui constitue l’océan Pacifique, c’est d’abord la ceinture de feu qui l’enserre : chaînes et cordillères volcaniques continentales, arcs volcaniques insulaires. Sur le versant asiatique de l’océan, ce sont ces arcs insulaires plutôt que la masse du continent chinois qui en tracent les limites – des îles Aléoutiennes vers la mer de Béring, puis vers les îles Kouriles, et ensuite vers l’archipel japonais, les îles Ryukyu, Taïwan, les Philippines… Cette chaîne d’îles constitue la limite convergente des deux grandes structures géologiques formées par la plaque tectonique eurasienne et celle du Pacifique. À l’est de cet arc, se dissimulent les grandes fosses océaniques. Bien entendu, la question de savoir où commence, où finit l’océan n’a guère de sens. Tous les écosystèmes marins sont en flux constant, affectés par des influences extérieures, par des perturbations de court terme, des constantes saisonnières, des cycles malaisés à circonscrire. Ceux qui vivent à l’intérieur d’un environnement océanique voient nécessairement le monde d’une façon différente de celle des populations établies en plaine, bocage ou montagne. Des changements soudains, inattendus, fomentent la représentation d’êtres divins lointains, inapprivoisables (si peu semblables aux dieux citoyens de la Rome antique par exemple) ; la curiosité envers les mondes situés en deçà des eaux comme la peur de l’incertain encouragent des stratégies d’adaptation flexibles, plutôt qu’une pensée linéaire et des pratiques planifiées. Où donc tout cela serait-il plus vrai que dans l’océan Pacifique, qui couvre une superficie plus grande que celle occupée par toutes les terres émergées, et qui compte 80% des îles du globe ?
 
Entre détroit et océan
 Au milieu de l’arc qui constitue la bordure ouest du monde pacifique, Taïwan emprunte une forme qui est souvent comparée – plus ou moins poétiquement – à celle d’un hippocampe, d’une patate douce ou d’une baleine. Sur sa façade ouest, vers le continent chinois, le détroit est large d’environ 180 km et, en moyenne, profond seulement de 100 m – mais il s’est toujours avéré difficile à franchir. Outre la mousson saisonnière, les bancs de sable, les tranchées sous-marines et les récifs coralliens peuvent modifier les courants de façon inattendue. Et les typhons peuvent aussi fortement augmenter la marée. Les immigrants chinois appelaient le détroit qu’ils devaient franchir pour commencer une vie nouvelle « le noir fossé ».
Mais Taïwan ne possède pas seulement une façade ouest. Sur son versant oriental, les montagnes tombent droit dans l’océan… Taïwan fait-elle pour autant partie des îles du monde pacifique ?...
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