Mardi saint à Grenoble. L’évêque, les prêtres, diacres et séminaristes se réunissent toute la journée comme chaque année pour vivre un temps fort, conclu par la messe chrismale. Le thème de la conférence : « l’accompagnement pastoral ». Pour aborder ce thème, l’auteur traverse trois temps, celui de l’accueil, celui de la consolation, celui de l’histoire.

Grenoble, aux prêtres, diacres et séminaristes.

Le témoignage suivant m’a été rapporté récemment par une animatrice en pastorale, responsable de l’aumônerie d’un grand centre pour handicapés, cinq cents personnes, cinq cents accompagnateurs. Tous les dimanches, depuis plusieurs années, elle assure l’organisation et l’animation de la messe avec les personnes handicapées. C’est un moment très impressionnant. Ce jour-là, le nouvel aumônier célèbre sa première messe dans l’établissement. Grande ferveur, chants, geste de paix chaleureux. Et puis arrive la communion dans « un désordre habité », dit-elle. Patrick, trisomique, s’avance vers le prêtre ; ils ne se connaissent pas encore. Patrick reçoit dans ses mains ouvertes l’hostie – Corps du Christ. À ce moment, Patrick, très heureux, embrasse longuement le prêtre en l’enserrant dans ses bras, coinçant le ciboire entre eux deux. Ce qui fait dire au nouvel aumônier que Patrick a inventé le « câlin eucharistique ».

Le geste évangélique de l’accueil

C’est une histoire d’accueil réciproque comme nous en vivons tous souvent. Il est important de soigner l’accueil. Saint François d’Assise nous a montré combien le premier abord, le premier contact,
est fondamental : « Paix et Joie. » L’accueil ne doit pas simplement être aménagé car il est proprement évangélique : l’accueil révèle l’Évangile, il est par lui-même Bonne Nouvelle. « Tout être cherche à dire ce qu’il souffre », disait le jésuite Karl Rahner. Le fait pour quelqu’un de venir parler à un prêtre, à un diacre ou à toute personne en situation de responsabilité pastorale, peut-être pour la première fois, est une grande victoire, sur le mutisme, sur l’enfermement, sur la confusion, sur la honte. Même si les propos sont d’abord incohérents et superficiels, ils témoignent d’un courage formidable, car il en faut pour parler de soi.

« Il y a des choses qu’on ne voit qu’ayant été dites », dit le philosophe Henri Laux1. Dire, parfois crier sa souffrance est le début du chemin. Celui qui accue...

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