Les innovations techniques des années 50 à nos jours en matière de contrôle et d’aide à la fécondité ont été perçues comme une libération : la fécondité allait enfin devenir une réalité biologique comme les autres, libérant la sexualité. Les acquis sont considérables. Après les progrès médicaux qui ont rendu possible la chute de la mortalité infantile comme de la mortalité en couches, bien des cas d’infertilité ont pu trouver une solution. Cependant, ces indéniables progrès ont aussi modifié la vie des couples, tant dans leur dimension conjugale que parentale. Si une certaine normalisation a eu lieu, ce n’est pas exactement dans le sens d’une banalisation.
Bien sûr, les techniques utilisées pour maîtriser la fécondité sont sans doute aussi anciennes que l’humanité, de l’avortement provoqué à la fertilité stimulée. Alors en quoi notre époque innove-t-elle ? D’abord, la place faite à une technique complexe est beaucoup plus large. Ensuite, la fécondité se joue de plus en plus dans un jeu à trois, entre le couple et le corps médical. Enfin, les critères pour prendre la décision sont beaucoup plus incertains, remis au jugement personnel, certes largement influencé par le milieu social ou les représentations communes mais aussi chargé du poids de la responsabilité.
 

La sexualité, un besoin comme un autre ?


Les premières innovations ont concerné la « maîtrise de la fécondité », autrement dit la possibilité de limiter le nombre des naissances et de les programmer. Deux versants, très différents, doivent être envisagés : éviter la fécondation ; avorter. Du point de vue qui nous intéresse, ils ont en commun d’approfondir la distance entre la sexualité et la fécondité. Ils ont bien entendu d’autres implications, mais que nous mettrons ici entre parenthèses.
En matière de contraception, le tournant du second XXe siècle ne tient pas seulement à un panel élargi des techniques et à une plus grande efficacité. L’attention portée à la maternité explique que les recherches en matière de contraception chimique aient eu d’abord pour seule cible les femmes, déchargeant les hommes d’une responsabilité qu’ils assumaient largement dans la première moitié du XXe siècle — la technique la plus fréquente étant le coït interrompu. Enfin, la contraception moderne n’est plus liée à un acte singulier, pouvant placer les femmes dans un état de stérilité artificielle prolongée. Variée, efficace, durable, féminisée : voilà les caractéristiques originales de la contraception moderne.
A-t-elle un impact sur la sexualité ? Sa dissociation d’avec la fécondité s’inscrit dans un processus d’autonomisation de la sexualité, l’idée même de « sexualité » ne naissant qu’au cours du XIXe siècle : avant et ailleurs, les pratiques sexuelles prennent sens dans le corps social, culturel et cosmique. La sexualité, un besoin comme un autre ? Cette vision de la sexualité comme performance, largement répandue par la sexologie et...
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