Christus : Comment définiriez-vous aujourd’hui le voeu d’obéissance ? Comment se vit-il globalement dans une congrégation dans l’ordinaire des jours ?
Marie-Laure Quellier : J’aimerais d’abord inscrire le voeu d’obéissance dans une réponse à un appel de Jésus à le suivre. Or, toute personne est libre de le suivre ou non. Plusieurs exemples nous sont donnés dans l’Évangile : le jeune homme riche qui s’en va tout triste ou Pierre dont le « oui » premier s’approfondit tout au long de son chemin avec Jésus. Si le voeu d’obéissance n’est pas enraciné dans cette relation d’amour et dans une vie reçue d’un Autre, aborder cette question me semble difficile. L’obéissance est donc un acte de foi, une réponse à un appel qui se discerne peu à peu dans la méditation des Écritures au fil des jours et dans la relecture des événements.
Luc Crepy : N’étant pas religieux, je n’ai pas fait de voeu d’obéissance. Cependant, ma congrégation a inscrit l’obéissance dans ses Constitutions. À travers l’obéissance que l’on promet à ses supérieurs lorsqu’on entre dans une congrégation, on accepte d’être partie prenante non seulement d’un groupe, d’une communauté, mais aussi d’un projet clairement défini dans des Constitutions. La vie avec Dieu, d’une certaine manière, c’est de répondre à l’appel individuel et personnel du Christ au sein d’une vie communautaire. Il y a un côté positif et stimulant à faire partie d’une communauté, mais il est parfois difficile d’accepter de jouer le jeu d’un ensemble à la suite du Christ dans un service particulier d’Église. C’est à ce moment-là que va se jouer très concrètement cette mise en oeuvre pratique d’une obéissance vécue avec d’autres et à travers d’autres.
M.-L. Quellier : En effet, si l’on choisit d’incarner le désir de suivre le Christ avec d’autres, cela doit passer par des médiations humaines…
L. Crepy : Obéir veut dire ici que j’accueille aussi des choix et des orientations qui ne sont pas obligatoirement les miens et qui sont parfois difficiles à envisager. Par exemple, dans les dernières décennies, avec l’aggiornamento suite au Concile, lorsque les congrégations ont dû revoir leur projet, un certain nombre de religieuses et de religieux ont fait un travail spirituel en profondeur pour accepter d’obéir à ces nouvelles orientations, à ces nouvelles définitions qui voulaient revenir à la source de leur charisme.
 

Une consécration


Christus : Le religieux ou la religieuse fait un voeu d’obéissance différent suivant les congrégations, mais toujours devant un supérieur. Quel est le sens de ce voeu public ?
M.-L. Quellier : Au moment où la personne prononce son engagement, elle exprime son désir de suivre le Christ selon les Constitutions et le charisme de la congrégation. Cela veut dire qu’elle a reconnu que ce charisme peut lui donner vie et que la congrégation a reconnu chez elle u...
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