Le P. González Buelta est un des auteurs spirituels les plus lus dans le monde hispanique. Espagnol, il est entré en 1958 dans la Compagnie et a vécu de 1965 à 2002 en République Dominicaine. Là, après avoir travaillé en milieu populaire, il s’est surtout fait connaître comme maître des novices de la province des Antilles. Dans sa volonté de radicalité évangélique, marquée par l’esprit de la théologie de la Libération qu’il essayait de vivre, il fit installer le noviciat au coeur d’un des nombreux bidonvilles qui entourent Saint-Domingue — expérience dont témoigne son seul ouvrage traduit à ce jour en français : Descendre à la rencontre de Dieu : la vie de prière parmi les pauvres (Vie Chrétienne, 1995).
Vers la fin des années 90, devenu provincial, il a été aussi l’un des premiers à dénoncer les excès de certaines applications de la théologie de la Libération à une époque où, face à la nouvelle donne du néo-libéralisme, de nombreux missionnaires avaient du mal à en faire le deuil (cf. article référencé ci-contre).
De son copieux article intitulé : « L’esprit de corps : Où en som­mes-nous ? Où voulons-nous aller ? », nous avons retenu la pre­mière partie. Bien qu’inspirés d’exemples de jésuites, les trois types d’hommes, et leurs moyens de locomotion privilégiés — décrits ici non sans humour —, ont une portée suffisamment universelle pour que chacun, religieux, prêtre ou laïc, se reconnaisse ou re­connaisse tel ou tel de ses proches. La vie religieuse, loin d’être fermée sur elle-même, devient ainsi révélatrice du plus profond de nos consciences.

Pour savoir où nous en sommes, nous devons d’abord nous de­mander d’où nous venons et ce qui nous est arrivé. En cette époque de changements rapides et profonds, la vie religieuse se voit bous­culée dans sa tentative d’être un signe du royaume au coeur de notre réalité. La nécessité de renaître à partir de nos origines spirituelles se présente sous différents noms. La vie communautaire, située au centre de cette forme radicale de vie évangélique, cherche également aujourd’hui à trouver sa plus juste expression.
Nous mènerons cette réflexion en partant d’expériences vécues dans le passé récent au sein d’une Compagnie qui voudrait pouvoir envisager tous les possibles.
 
 

Avant le Concile Vatican II


La Compagnie de Jésus était en ce temps-là très structurée. Nous voyagions en terrains connus, comme dans un train aux itinéraires fixes et tout tracés, avec des arrêts en gare sans surprise et sur des rails qui empêchaient toute solution alternative. Même s’il était concevable de quitter la voie, c’était la consistance institutionnelle et communautaire qui primait.
Dans la formation, on aspirait à « aiguiller » les personnes, en les aidant à entrer dans un corps bien organisé avec de nombreuses vocations. Celui qui montait dans le trai...
La lecture de cet article est réservée aux abonnés.
COMMENTAIRES
Vous devez être connecté pour poster des commentaires.