Ô Dieu
Toi l’inconnu le plus sûr
Toi qui te tiens au plus lourd de nos fatigues
Toi, l’accueil de nos insuffisances
Toi qui nous sais lointains et pourtant désirants
Tiens-moi en ta présence
En ces jours vécus auprès de ma mère
Qui souffre le déclin de sa vie.
Sois auprès d’elle, dans le silence qui gagne
Dans sa mémoire faible, dans la lenteur des gestes
Dis-lui ce que nous ne savons dire
Dans ce murmure des âmes que toi seul connais.
Sois vie sur cette vie qui s’en va
Souffle pour le souffle qui peine
Tendresse où sont les raideurs.
Toi, l’enfoui de nos balbutiements, l’oublié de nos fuites.

Toi, le Nom à fleur de lèvres, l’amour inespéré
Tiens-nous ensemble au plus près de toi
Car nous sommes l’une et l’autre dans l’ombre de ta douceur
Dans la marche et l’attente tremblante.
Courbe-nous ensemble vers la bonté de la terre
Incline-nous jusqu’à nous fondre dans la nuit des temps
Prends-nous l’une et l’autre dans la sève profonde de l’histoire
Dans la reconnaissance de ceux qui nous ont précédées.

Donne-nous de nous abandonner à ce qui s’accomplit.

Pour le reste, tout le reste
Nous te confions les matins à venir
Ils viennent, comme furent les jours que nous connûmes
Avant le très grand âge
Ils viennent portés sur la grande houle de la vie
Pour la splendeur des générations que nous ne verrons pas.
Soutiens et fortifie tous ceux qui nous suivent
Tous ceux que nous aimons.

Sur eux, nous ne pourrons veiller.
Protège-les.
Ô toi, lumière des âges, fraîcheur de nos avenirs.
La lecture de cet article est réservée aux abonnés.