Dans les traditions africaines, le monde est conçu comme une immense réalité dont l’essentiel ne se voit pas. Il y a un monde invisible qui se manifeste par moments dans l’univers visible de l’homme. Ce monde est fait de forces, d’êtres qu’on imagine comme vivant un peu à la façon de la société visible.

Le pouvoir des esprits


Dans la tradition et les croyances senoufo, Dieu (« Kolotcholo ») a créé le monde et l’a confié aux esprits, leur donnant pouvoir de gérer la Création. Ces esprits sont les génies qui habitent la nature, les montagnes, les marigots, certains reptiles ou poissons, les arbres, les cailloux… Ils sont les détenteurs de la clef du bonheur, ils sont les maîtres de la Création. Et l’homme doit passer par eux pour bénéficier de ses bienfaits. Il doit se soumettre aux génies pour la réalisation de ses activités (culture, chasse, commerce…), pour marquer les différentes étapes de la vie (naissance, mariage, mort, initiation…), pour satisfaire ses aspirations essentielles (richesse, santé, paix, l’unité…).
L’échec, les difficultés, la maladie ou la mort ne sont jamais considérés comme venant de soi ou naturelles, mais comme le fait d’un génie ou d’un esprit comme celui des ancêtres, ou d’un ennemi qui aurait jeté un sort, ou encore d’un sorcier. L’homme est donc en situation de soumission et de dépendance. Il est impuissant devant ces forces, ce qui lui enlève toute responsabilité sur sa vie.
Cela crée un certain immobilisme et engendre la peur : peur de ne pas satisfaire les esprits, peur de ne pas être en harmonie avec eux, peur de transgresser leurs interdits. L’homme et la femme senoufo vivent dans un passé culpabilisant, un présent qu’ils ne maîtrisent pas et un avenir incertain ou barré.
Face à cette peur, la tradition propose des moyens de protection divers : la divination ; les sacrifices, recommandés par les devins pour apaiser la colère des esprits, obtenir une bénédiction ou la permission et la réussite d’une activité ; les objets de protection, les fétiches ; les multiples interdits de nourriture ou de culture. Mais ces moyens ne font, le plus souvent, qu’aggraver la peur et la dépendance, notamment vis-à-vis des fétiches et des sorciers. Les sorciers, dans une famille, ont le pouvoir de protéger contre les mauvais esprits, et contre les autres sorciers. Ils ont aussi le pouvoir de tuer. Ils se soumettent à des sacrifices humains pour renforcer périodiquement leur pouvoir. Ces sacrifices touchent les membres de sa famille. Climat de peur s’il en est, surtout lorsqu’on se demande : « À qui le tour ? » Climat de peur et de méfiance dans la relation avec les autres.

Histoire de mon fétiche


Dans cette ambiance culturelle, le Christ vient appeler des hommes et des femmes et les aide à faire un chemin de libération de la peur et de la dépendance.
J’ai moi-même fait ce chemin. Converti au christianisme, baptisé en...
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