Le besoin de sécurité revient souvent sur nos lèvres dès qu’il est question de la peur. Le mot est en lui-même aussi ancien que la langue française, mais tous ceux qui en dérivent (« sécuriser », « sécurisant », « sécurisation », « sécuritaire ») sont apparus il y a une trentaine d’années, parfois moins. C’est dire l’importance que nous donnons à cet état d’esprit, dont les hommes politiques de tout bord se sont largement emparés.
Le P. Trublet est professeur d’Ancien Testament et aumônier de l’École des officiers de la gendarmerie nationale depuis huit ans. Auditeur de la XIVe session nationale de l’INHES (Institut National des Hautes Études pour la Sécurité), son point de vue sur ces questions est un précieux témoignage sur ce corps militaire.


Christus :
Qu’est-ce qui motive un jeune à entrer en gendarmerie ?

Jacques Trublet :
Le service de ses concitoyens, mais sous un angle bien particulier, puisque, selon les termes de la Loi, il ou elle s’engage à « assurer la sécurité des personnes et des biens », bref à risquer sa vie pour que les gens vivent en sûreté. En outre, c’est un métier de contact et qui suscite l’initiative et la responsabilité. Certes, leur situation comporte des avantages comme la stabilité de l’emploi ou l’attribution d’un logement de fonction, mais aussi des inconvénients : ils débordent largement les trente-cinq heures, certains sont absents de leur domicile deux cents jours par an et, au démarrage, leur solde est juste au-dessus du SMIC. Curieusement, nombre de candidats ont un parent gendarme, ce qui veut dire que c’est un modèle porteur.

Christus :
Comment un jeune de vingt ans peut-il tenir un discours sur le respect des lois ?

J. Trublet :
Je pense que les jeunes gens et les jeunes filles qui postulent ont — comme la majorité des jeunes d’ailleurs — un sens aigu de la justice, tout en ayant conscience de ce qu’exprime fort bien Pascal : « La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite, parce qu’il y a toujours des méchants ; la force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force ; et pour cela faire que ce qui est juste soit fort, ou que ce qui est fort soit juste. » C’est cela, me semble-t-il, qui caractérise le service en gendarmerie, sans parler de la fierté qu’ils éprouvent — sentiment accru chez des jeunes issus de l’immigration — à porter l’uniforme qui symbolise un certain nombre de valeurs.

Christus :
Comment la peur est-elle vécue dans leur mission ?

J. Trublet :
Celui qui n’aurait pas peur dans ce métier serait dangereux ! En effet, les missions de gendarmerie exposent au danger. Ce sont des militaires — ne l’oublions pas —, et ils interviennent dans des zones à risque : Liban, Kosovo, Nouvelle Calédonie, Corse... Le main...
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