J’ai eu la chance d’habiter dix ans au pied de la colline de Vézelay. Pendant toutes ces années, mon travail fut celui d’un « passeur » entre le patrimoine de Vézelay, particulièrement la basilique, et les nombreux publics qui venaient s’y rendre. J’ai pu alors appréhender les attentes des visiteurs, la force d’attraction d’un tel lieu, et chercher des moyens pour transmettre au mieux la beauté et la richesse de ce patrimoine mondial de l’humanité. J’ai habité par la suite en Charente-Maritime. La Pastorale du Tourisme et des Loisirs du diocèse m’a demandé de travailler sur la mise en place d’une formation pour les responsables des petites églises de cette région. La question en amont est toujours la même : comment accueillir et préparer des millions de vacanciers des plages à entrer dans un lieu de silence, de paix, de mystère ?

Que recherche le touriste lorsqu’il entre dans une église ? Pourquoi en franchit-il le seuil ? À un premier niveau, parce que la visite est gratuite ; parce que l’art roman est à la mode ; parce que l’endroit est frais, agréable et même reposant ; parce que, « petit, j’y allais avec ma grand-mère — alors pour elle, je vais mettre un cierge » ; parce qu’il y a quelque chose de mystérieux, d’un peu magique…
D’autres, beaucoup moins nombreux, viennent pour se laisser enseigner par la beauté d’un patrimoine qui dit à la fois l’homme et la présence divine ; ils viennent pour la présence de Celui qui nous attend.

Le temple de Dieu, un corps à corps


Je reçois un jour, à Vézelay, un groupe de tout jeunes enfants de la banlieue parisienne. Je les accueille à l’entrée de la basilique. Ils se comportent comme des « petits monstres » incapables de rester tranquilles, sans conscience de ce qui s’offre à leur regard… Je prends le parti de ne rien dire, de marcher lentement par les bas-côtés, de lever les yeux pour regarder les animaux, les végétaux, les personnages qui abondent sur les chapiteaux…
Comme un jeu mystérieux, ils me suivent. On ne parle pas, on écoute nos pas résonner. En sortant par la porte sud, les enfants passent un par un entre les deux anges de gloire. Les visages ont changé, la gravité du moment vécu se lit chez certains, l’émerveillement est visible chez d’autres, et tous ressentent le silence de leur corps. Bien sûr, ils n’ont pas vu le Christ sculpté du tympan, ils n’ont pas entendu parler de Dieu. Mais on pouvait lire dans leur chair un apaisement, une joie, signe d’une présence qui un jour, peut-être, aura un nom.
Une autre fois, j’accueille des jeunes handicapés mentaux pour une demi-journée de découverte de la colline. Après une longue marche, nous entrons dans la basilique : les cloches sonnent pour la sortie d’un mariage. L’un de mes jeunes visiteurs, heureux de découvrir un lieu aussi grand et haut, veut nous montrer que lui aussi peut être puissant. Il se met à crier et rire de plus en plus fort pour emplir de tout son...
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