Une bénédictine, une dominicaine et un carme ont été réunis par la revue Christus pour échanger librement sur le rapport à la prière de leurs familles spirituelles respectives et dire ce qu'évoque le terme « méditer » pour eux.

Christus : Qu'évoque le mot « méditation » pour vous ? Quelle forme prend la prière dans votre ordre ?

Sœur Élie Ruel : Je suis bénédictine à Notre-Dame de Jouarre en Seine-et-Marne depuis 1984. Ce matin, une sœur me demandait ce que j'allais bien pouvoir vous dire sur la méditation ! En principe, nous ne faisons pas de « méditation » ; en tout cas, le mot n'est pas dans notre vocabulaire quotidien. En même temps, la meditatio, pour les anciens moines, c'est la mémorisation de l'Écriture – mémoriser et laisser l'Écriture se redire en nous au fil de la journée. Pour nous, c'est le but de la lectio et de l'office. Je mets donc sous le terme de méditation à la fois la lectio et la prière liturgique, comme deux formes d'écoute de la parole de Dieu. La distinction entre lectio, meditatio et oratio mise en place par Guigues le Chartreux est rassurante car elle semble offrir une voie de progression certaine, par étapes successives. Mais, à vrai dire, je ne suis pas d'accord avec cette façon de comprendre le propos de Guigues. On nous dit que cette « échelle » a été inventée au XIIsiècle en réaction à la méthode de lectio des universités, la scolastique : lectio, questio, disputatio. L'accent a été mis sur la prière – lectio, meditatio, oratio et plus tard contemplatio. Une interprétation erronée de cette progression donne à croire que l'on arrive à la contemplation de façon sûre en quatre étapes… Or, pour Guigues le Chartreux, il s'agit moins là d'étapes de la prière que d'étapes de la vie spirituelle.

Donner la parole à Dieu

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