Depuis Amoris lætitia du pape François, il est beaucoup question en Église du discernement. Le risque est d’en restreindre la pratique à la prise de décision, là où il s’agit d’abord de repérer comment Dieu cherche à se donner à nous pour que nous vivions. La tradition ignatienne apprend à découvrir que l’œuvre de Dieu au quotidien est la source de la vie spirituelle et qu’elle s’identifie à son amour pour nous. À la suite de ceux qui me l’ont enseigné, je reviens ici sur une proposition spirituelle qui consiste à prier avec la « Contemplation pour atteindre l’amour » (Exercices spirituels, 230-237) dans la vie ordinaire, afin d’ancrer la pratique du discernement dans la reconnaissance concrète de l’amour de Dieu. Pour ce faire, nous présenterons d’abord la place et le sens de l’Ad amorem dans l’itinéraire des Exercices et comment cette prière, d’un genre particulier, nous aide à enraciner le discernement au cœur de la vie spirituelle, et non pas à en faire une technique inspirée des Exercices qui échapperait au dynamisme de la vie de l’Esprit en nous1.

L’Ad amorem dans les Exercices spirituels

Il faut rappeler ici, même brièvement, quelques éléments fondamentaux des Exercices : la place de la « Contemplation pour atteindre l’amour », l’unification de la vie spirituelle par l’élection et le rôle de cette contemplation.

L’Ad amorem apparaît au terme de la quatrième semaine. Nombreux sont les commentateurs qui, de ce fait, la considèrent simplement comme l’étape finale des Exercices spirituels (Ex. sp.). Pourtant, l’Ad amorem a été décrit comme le fruit de tout le processus : une élection a été faite, à travers l’expérience d’« être libéré de toute affection qui serait désordonnée » (Ex. sp., 21), pour « ceux qui voudront davantage mettre leur cœur et se distinguer en tout service auprès de leur Roi éternel et Seigneur » (Ex. sp., 97)2. Le retraitant a exprimé à Dieu le désir de se donner à lui et il a reconnu comment Dieu voulait se donner à lui (Ex. sp., 234...

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