Cerf, coll. « Lire la Bible » n° 187, 2015, 208 p., 22 €.
 

Reprise de publications antérieures articulées entre elles de façon novatrice, l’ouvrage offre une synthèse intéressante sur des sujets délicats mais décisifs en matière théologique et spirituelle. Une invitation au discernement le conclut à la lumière des critères fournis par l’étude qui précède. En effet, les mécanismes psychiques et spirituels du Tentateur et de la tentation sont finement démontés dès le texte fondateur deGenèse 2–3. Sa postérité transparaît dans plusieurs extraits de laTorah, des Sages et des Prophètes jusqu’au Nouveau Testament. La deuxième partie, la mieux charpentée, traite en ce sens notamment du lien nuptial dans l’alliance entre Israël et le Seigneur, qui donne prise à travers la convoitise à la prostitution selon Osée etÉzéchiel, entre autres. L’image peut prêter à l’idolâtrie mais elle offre son propre antidote grâce à sa consistance d’abord positive, dès son apparition enGenèse 1,26-27, au sujet de la relation entre le Créateur et sa créature masculine et féminine. C’est ce qui pourrait favoriser une interprétation plus positive des premières paroles de l’homme (‘îsh) enGenèse 2,23 et d’Ève enGenèse 4,1. Il n’est pas sûr que Paul Beauchamp, très présent tout au long du parcours, aurait ratifié l’inoculation du mal dès ces paroles originaires : si les premières paroles sont infectées, comment s’en sortir ? Par ailleurs, l’interprétation des deux chérubins sur le propitiatoire de l’Arche d’alliance, traduit par « le couvercle du coffre », enExode 25,18-20, comme celle du serpent de bronze élevé par Moïse au désert (Nb 21,4-9 ; cf.Jn 3,14-15), mises en rapport l’une avec l’autre, sont particulièrement suggestives en favorisant le passage au Nouveau Testament. Il revient surtout à la troisième partie de déployer le rapport entre l’un et l’autre Testaments. Le diable, Satan et la sémantique du mal prennent leur essor à partir des évangiles, des épîtres et de l’Apocalypse. N’évoquent-ils pas en effet les seuls ennemis de Jésus qui vient délivrer du Mal en le combattant sur son propre terrain ? Mais les ressorts de ce combat eschatologique puisent sans cesse à cet égard dans les ressources – protologiques ! – de l’Ancien Testament. Même si la démonologie est moins active dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament, il n’est pas moins impossible de se priver de l’Ancien pour éclairer le Nouveau que de minimiser le Nouveau pour interpréter l’Ancien. Au service de la parole de Dieu qui débusque ses contrefaçons pour en libérer le croyant et toute personne de bonne volonté, ce livre est à saluer non seulement comme un exemple de théologie biblique – ce qu’indique avec modestie le sous-titre –, mais plus encore comme un acte d’interprétation théologique de l’Écriture sainte, en quoi devraient se reconnaître toute exégèse et toute théologie dignes de ces noms.

 

Yves Simoens