« N'avoir rien de plus cher que le Christ » : la vie monastique de tradition bénédictine voit souvent dans cette formule une expression synthétique du rapport personnel et intime avec le Christ vers lequel tend le moine. Que serait la vie monastique si elle n'était polarisée par le désir de communion avec le Christ ? Ne serait-elle pas alors une forme hautement respectable de sagesse, au risque de conduire à un détachement du monde cachant une forme supérieure d'égoïsme ? Dans une discussion amicale, le moine avait évoqué comme naturellement cette formule pour exprimer une manière de se situer dans un contexte où les relations sociales ne sont pas toujours simples et où le témoignage de la liberté monastique est à la fois fragile et attendu. Ce fut le point de départ d'un échange dont l'essentiel est ici repris.


Cher frère,

L'objet de ce courrier est une réflexion à propos d'une citation que tu as faite de la Règle de saint Benoît : « N'avoir rien de plus cher que le Christ. » Cette citation vient rappeler que la sequela Christi inspire une attitude d'abandon et de confiance au Christ, qui fait passer au second plan les considérations des « choses passagères » pour demeurer fidèle à la source de la vocation. Du moins, c'est ainsi que j'ai compris les choses. Et cette attitude est pour moi un motif de méditation, car il y a là, sans doute, la source d'une force réelle pour vivre un certain dépassement de soi.
Toutefois, prise en elle-même, cette citation me pose question et vient réveiller une ancienne difficulté que je pensais résolue : lorsque je préparais mon mariage, j'ai eu la curiosité de me renseigner assez précisément sur la doctrine chrétienne de ce sacrement. J'ai emprunté à la bibliothèque un livre qui passait en revue les sources bibliques, patristiques ou théologiques 1. Mais il se terminait... sur un chapitre portant sur la supériorité du célibat et de la virginité sur le mariage. A l'issue de cette lecture, crise et doute : ou bien le livre dit vrai, et il faut en toute logique, pour suivre le Christ, que je renonce au projet de mariage ; ou bien il faut revoir le discours sur le mariage chrétien. J'ai opté pour la seconde solution, et cet épisode est resté l'un des motifs de mon orientation vers la théologie. Plus tard, j'eus l'occasion de découvrir une perspective autrement plus riche dans les Eglises orientales, et l'expérience concrète de la vie conjugale depuis quinze ans, ainsi que l'observation des couples qui nous entourent — dont certains échouent — m'ont conduite à penser autrement.
Il y a en effet, inscrite dans la tradition théologique occidentale, la conviction de la supériorité de l'état de célibat sur celui du mariage. Je l'ai rencontrée à toutes les époques chez les plus grands (les exceptions sont rares), même chez les auteurs qui auraient pu avoir un autre avis, ayant eux-mêmes connu quelque chos...
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