Tout être humain n’a-t-il pas, à un moment ou un autre, à se confronter à son enfance passée, dans son chemin d’humanisation ? Les parents sont au premier rang dans cette confrontation à leur propre enfance qui se double de la relation, toujours surprenante, à leur très réelle progéniture. Mais nous avons tous, parents ou non, à rencontrer cette enfance qui fut la nôtre. En effet, depuis Freud, l’enfance, ou plutôt l’infantile – qui est ce lieu de l’enfance présent, mais transformé, au sein du psychisme de l’adulte – est le temps et le lieu privilégiés du rapport du sujet adulte avec sa destinée. L’infantile est ce rapport énigmatique entre l’historicité inaccessible de notre enfance et la vie de l’inconscient qui se déploierait hors du temps.
La tâche analytique est l’exemple de cette théorie de l’enfance habitant le monde adulte : le sujet en analyse retrouve quelque chose de l’enfance oeuvrant à l’intérieur de sa vie. Le psychisme humain en devenir est habité, voire hanté, par les positions anciennes qui le structurent et le guident. Le devenir de chacun de nous, notamment quand nous devenons parents, est de nous confronter à ces lieux de l’enfance : le retour de notre enfance se conjugue alors à la nécessité d’ouverture à ce qui se passe ici et maintenant. La réalité des événements de la vie est là qui nous sollicite et, en même temps, nous négocions avec les réminiscences de nos enfances. Le psychisme de l’adulte est tissé de processus et de représentations remontant à l’enfance, mais il est illusoire d’en retrouver la réalité initiale : tout est repris dans une incessante nouveauté.
 

Le terme barbare de « parentalité »


Cette tâche de retrouvailles avec sa propre enfance est devenue nécessaire. Depuis Jean-Jacques Rousseau, la culture occidentale parie, à travers l’éducation, sur l’absolue nouveauté qu’apporte l’enfant. La définition de l’humanité de l’homme consisterait en termes de perfectibilité et de liberté. C’est dans l’enfance, et dans l’éducation, que cette perfectibilité doit être facilitée, dans une dynamique où l’adulte cherche à faire naître l’enfant à lui-même.
En fait, se conjuguent aujourd’hui deux hypothèses anthropologiques concernant l’enfant, déjà vivantes au XVIIIe siècle. La première privilégie l’enfant comme tabula rasa, cire vierge sur laquelle vient s’inscrire l’éducation. La seconde conception envisage une certaine naturalité de l’être humain, mais une nature de liberté et de bonheur qu’il faut protéger, afin d’aider le jeune à advenir à lui-même 1. Les deux hypothèses détiennent une part de vérité. L’extrême immaturité du nourrisson humain entraîne une grande dépendance vis-à-vis de son entourage, du point de vue de son développement et des apprentissages premiers. D’où l’idée du psychanalyste Donald Winnicott selon laquelle un « bébé seul ça n’existe pas ». L’unité, ce n’est pas le bébé, mais l’ensemble individu/environnement ...
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