Tant que l'on ne peut pas nommer correctement ce qui se passe en nous, il est difficile de savoir comment se comporter face à certains phénomènes ou certains états. Tout accompagnateur spirituel ignatien veille à ce que la personne qu'il écoute parvienne à reconnaître ce qui est à l'origine de son vécu. Or, de nos jours, nombreux sont ceux qui appellent « dépression » ce qui n'est que lassitude, épuisement ou surmenage. De même, il arrive que d'autres nomment « désolation spirituelle » ce qui est simple déception par rapport à une vie spirituelle idéalisée ou parfois véritable dépression. Pareilles confusions ne sont pas sans conséquences, mais elles s'expliquent par le fait que la vie spirituelle chrétienne bien qu'ayant sa réalité propre s'exprime à travers l'activité des facultés psychiques.
Pour éviter ces confusions, il est nécessaire d'avoir un minimum de critères afin de pouvoir distinguer la désolation spirituelle de la dépression. Cela nous est facilité par les règles du livret des Exercices spirituels d'Ignace de Loyola qui nous a légué un précieux petit traité de la désolation spirituelle Par ailleurs, dans sa Métapsychologie, au chapitre « Deuil et mélancolie », Freud nous dit ce qui caractérise une véritable dépression. Psychanalyste freudienne et disciple d'Ignace je tenterai de dégager dans cet article quelques-uns des critères qui permettent aux accompagnateurs spirituels de distinguer la désolation spirituelle de la dépression. Pour ce faire nous illustrerons notre réflexion à l'aide de trois situations.

Une personne désolée : Florence


Florence évoque avec regret le temps de sa conversion, où, dit-elle il lui avait été donné de goûter la parole de Dieu et de s'en nourrir chaque jour. Elle se souvient de sa vie quotidienne d'alors où elle accomplissait ses tâches de mère de famille sous le regard de Dieu dont elle ressentait la présence Une question revient sans cesse sur ses lèvres : « Comment se fait-il que la joie intérieure que j'éprouvais ait disparu ? Ce chemin de bonheur, non seulement je l'ai perdu, mais moi aussi je suis perdue » En effet un état tout autre a succédé à ce temps béni. Florence constate : « Je ne prie pratiquement plus et ne comprends pas pourquoi je n'ai plus le courage d'aller à l'eucharistie qui était pour moi le pain de la route De toute façon, le Seigneur a quitté ma maison, et cela me désespère Aussi, je n'ai plus à cœur d'accomplir mes tâches familiales... Seule la peinture est pour moi une activité où je me retrouve En fait c'est ma prière à moi, puisque j'ai décidé d'en faire une offrande au Christ »
Mais le souvenir de ce temps de conversion fut plus fort que tout si bien que Florence s'adressa à un accompagnateur spirituel. La relecture de son vécu lui permit de réaliser qu'elle vivait certaines des caractéristiques de la désolation spirituelle qu'Ignace énumère dans la règle n° 317 des Exercices :
   • La désolation est tout le contrai...
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