Dans les premières années du veuvage, quand on se retrouve seul, la première difficulté est d’apprivoiser un état de vie que l’on n’a pas choisi et qui renvoie à une nouvelle identité : Qui suis-je désormais ? Quelle est ma place au sein de la famille et dans la société ? Il faut aussi apprivoiser la solitude – apprendre à penser et à agir seul. C’est un apprentissage qui ne va pas sans hésitation, un peu comme un enfant qui fait ses premiers pas et avance en titubant.

Re-choisir sa vie

Pour ma part, ce n’est qu’au bout d’un certain nombre d’années, lorsque s’est installé un nouvel équilibre de vie, que j’ai commencé à m’interroger vraiment sur mon avenir, et sur les choix à poser pour le construire librement.
Je m’interrogeais d’abord au niveau humain : Comment l’être affectif que je suis va-t-il poursuivre sa route ? Comment rester une femme vivante et continuer à aimer ? N’y a-t-il pas quelqu’un avec qui je puisse faire un bout de chemin ? Je ne me fermais pas à cette hypothèse, et quand j’acceptais de l’envisager, je sentais même un véritable élan intérieur, bien qu’il n’y ait personne à l’horizon. Mais il y avait aussi des questions plus profondes, en lien avec ma foi : À quoi le Seigneur m’appelle-t-il ? Où m’attend-il désormais ? Et, parallèlement à cet élan intérieur, je sentais monter en moi le désir d’une certaine radicalité, d’une disponibilité à mettre au service de Dieu et de sa Parole – véritable socle de ma vie –, ainsi que de tous ceux que je croiserais sur ma route, à commencer par mes enfants et petits-enfants.
J’ai souvenir de longs mois où, même si je penchais d’un certain côté, rien n’était clair pour moi. Je me sentais en attente de quelque chose que je n’arrivais pas à nommer. Le seul fait d’être dans une situation que je n’avais pas choisie me mettait en porte-à-faux par rapport à ma vie, comme si celle-ci flottait ou n’avait plus de dynamisme interne. La thérapeute qui m’accompagnait alors me disait : « Pourquoi voulez-vous choisir ? Laissez faire les événements ! » Mais, pour ma part, je sentais au contraire que c’était une nécessité. Est alors venu le moment où j’ai réalisé que ce questionnement ne pouvait trouver sa vraie réponse que sous le regard du Seigneur pour un choix qui soit ajusté à sa volonté et reçu de lui dans les Exercices. Et ce cheminement s’est révélé décisif.

Discerner à la lumière de la Parole

Dès le deuxième jour de la retraite, il m’a été donné de faire une expérience forte avec le texte de Mt 11 : « Prenez sur vous mon joug. » Il se trouve que le joug était un élément très symbolique pour mon mari et pour moi : à l’occasion de nos dix ans de mariage, nous avions fait une fête et sorti d’une remise un vieux joug en bois, comme le symbole de ce qui nous reliait.
Au cours de cette méditation, je comprends tout à coup que ce
joug est toujours d’actua...
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